Des ambassadrices en première ligne pour la forêt française

Suite de notre série sur les ambassadrices de la forêt, initiée dans le cadre du partenariat entre France Bois Forêt et l’émission du groupe France Télévisions, Silence, ça pousse ! Dans ces portraits de six minutes, diffusés sur France 5 chaque vendredi des mois de mars et d’avril à 22 h 20, les téléspectateurs ont pu découvrir six femmes passionnées par leurs métiers et leur quotidien voués à la forêt et à sa gestion durable.

CLAUDINE JOSSO, DIRECTRICE DE LA SCIERIE ÉPONYME À MALANSAC, DANS LE MORBIHAN (56)

Les entreprises liées au bois sont souvent affaire de famille. Un adage que confirme le parcours de Claudine Josso qui, titulaire d’un master 2 en psychologie clinique et à la tête d’un cabinet de conseil en management des entreprises, revient au bois par attachement familial.
Je n’étais pas destinée à cela. Avec ma mère, j’ai pris la suite de mon père, après son décès. Nous avons travaillé toutes les deux, puis elle a pris sa retraite ; j’ai donc repris cette direction seule. Très souvent, les entreprises dans le bois se transmettent de père en fils. Beaucoup ont un noyau familial, une histoire familiale. C’est plus rare de voir des femmes à la tête d’une scierie. Les métiers du bois sont principalement des métiers d’homme. La direction, dans le temps, était tenue par un homme, qui était le technicien et le commercial, il savait et pouvait tout faire. La femme était souvent dans l’ombre, à la gestion. Les qualités que l’on demande à un chef d’entreprise sont les mêmes, que l’on soit femme ou homme. Dans la pratique, c’est différent. Une femme peut apporter un peu de souplesse par rapport à une rigueur masculine. C’est cette différence-là qui peut harmoniser des milieux, un climat. La technique et l’automatisation des postes ont fait énormément de progrès.
La force manuelle qu’il fallait auparavant pour exercer ces métiers n’est plus justifiée. La machine fait la force. Le numérique a pris la place des bras ; aujourd’hui, ce métier est complètement ouvert aux femmes. On se rend compte que la mixité dans les équipes remotive ; c’est plus équilibrant et équilibré (…). Je souhaiterais que les femmes s’engagent dans des formations. Il y a l’apprentissage, l’alternance, des tas de portes d’entrée différentes pour s’approprier nos métiers. Donc je les y encourage. La scierie, c’est vraiment le premier maillon de la chaîne de transfor­mation du bois. Nous effectuons des achats de bois sur pied. Ce bois est abattu selon les dimensions et qualités souhaitées, débardé (…) puis transporté vers la scierie. Ici, viennent aussi travailler des exploitants forestiers qui complémentent nos appro­visionnements. Notre bois, pour partie, est vendu à d’autres transformateurs : emballage, coffrage, aménagement extérieur. La grande partie du bois scié ici est montée à l’atelier emballage pour des palettes. La scierie fait vivre l’économie locale, il faut lui accorder toute son importance.

DIANE VUILLEMIN, CHARGÉE DE PRODUCTION POUR L’EXPLOITATION FORESTIÈRE CASTAGNET-DUMÉOU, DANS LE LOT-ET-GARONNE (47), COOPÉRATIVE ALLIANCE FORÊTS BOIS

Femme d’extérieur revendiquée et amoureuse du bois, Diane Vuillemin savait depuis toujours qu’elle travaillerait dans la forêt.
Mon grand-père était bûcheron. Plus jeunes, tous les automnes, on faisait le bois de chauffage. Mon père est menuisier. Depuis que je suis petite, je le vois scier le bois, le façonner pour faire des meubles, des chaises. L’odeur du bois, son toucher… J’ai vraiment une affection particulière pour ce produit. J’ai voulu continuer à travailler avec, en amont de la filière (…). J’ai fait un BTS en gestion forestière, qui m’a permis d’apprendre toutes les essences, la sylviculture. Après, je me suis spécialisée dans l’exploitation forestière en faisant une licence pro en alternance, au sein de la coopérative qui, par la suite, m’a embauchée et m’a permis de faire ce métier. Ici, nous sommes dans une première éclaircie en pin taeda.
Les plants mis en place ont poussé. On a attendu dix à quinze ans avant de faire une première intervention sur cette parcelle. Pour leur donner un petit peu d’air, on éclaircit d’une façon assez douce (à peu près une tige sur quatre). Je mets les bûcherons en place, je leur donne des consignes. En fonction du chantier, ils ont des produits à faire – papeterie, bois de qualité… Je leur donne les longueurs, le cahier des charges des scieries ou des industries. Le chauffeur de l’abatteuse est très important : j’attends de lui qu’il évalue en fonction de la forêt et, s’il y a des zones un peu plus claires, qu’il prélève moins. Il faut une confiance réciproque : nous leur donnons des parcelles toute l’année ; eux, fournissent une qualité de travail importante, c’est ce qui nous donne une crédibilité.
Une fois le bois sorti, je contacte le propriétaire pour qu’on le réceptionne ensemble et qu’on le dispose en volumes de bois de 1 m3, en stères. En tant que coopérative, nous sommes là pour conseiller le propriétaire pour que sa forêt soit gérée durablement. Pour moi, il y a une réelle utilité à travailler dans le milieu forestier. Il faut entretenir une forêt pour qu’elle puisse se développer de façon cohérente et offre des arbres de qualité… La finalité de toute cette exploitation, c’est de reboiser. Pour que la forêt existe en permanence.

VIRGINIE RICHERT, CONDUCTRICE D’ENGINS FORESTIERS EN LORRAINE ET CHAMPAGNE-ARDENNE

Depuis plus de deux ans, Virginie Richert travaille pour le compte de l’Office national des forêts (ONF).
Entrée dans la vie active à l’âge de 19 ans, j’ai travaillé jusqu’à 23 ans (…) dans des métiers que je n’aimais pas.
Leur point commun était l’enfermement ; j’ai compris qu’il me fallait être en extérieur. Je me suis dirigée vers les travaux paysagers et ai postulé à l’ONF pour une spécialisation en élagage. Après une dizaine d’années, j’ai voulu voir autre chose. Il y a eu un appel à candidatures pour une place nouvellement créée, sur un engin qui n’avait pas encore tourné dans le secteur. J’ai eu la chance de l’obtenir (…). Une belle reconversion en interne, toujours dans le domaine que j’affectionne. Ma machine et moi formons une fine équipe ; elle a son petit nom : la Cocotte ! Il faut connaître son engin, faire les graissages, les filtres, les niveaux. Le fait d’être seule, je ne le sens même pas. Aucun souci face à l’autonomie ; l’indépendance me va bien. Il y a beaucoup de choses à faire sur une journée, il faut être concentrée.
Vous avez vu l’engin ? Ça peut être un éléphant dans un magasin de porcelaine si l’on n’est pas délicat. À peine touché, l’arbre est (…) blessé. Il faut donc être minutieuse et attentive. Avec cet engin et cette cisaille, je coupe des arbres désignés au préalable par des techniciens. De diamètre trop petit pour être valorisés autrement, ils sont transformés en plaquettes, c’est-à-dire du bois-énergie pour le chauffage. On ne coupe pas un arbre pour le plaisir de le couper, mais pour mettre un peu plus en lumière son « petit frère » d’à côté qui a besoin de croître sereinement. Surtout, le but est de créer de belles forêts pour l’avenir. On a des peuplements trop élevés en densité, il faut réduire le nombre de tiges à l’hectare, et ça passe par l’abattage ou alors, de manière mécanique, par la cisaille. Peu de femmes font ce métier. J’ai bien quelques collègues féminines, notamment en bûcheronnage, ou en travaux saisonniers, de plantation. Mais comme conductrice d’engin, je suis toute seule. Je pense que c’est dû à un problème d’orientation au niveau du lycée ou du collège : ces métiers ne sont pas assez montrés. Et l’on a tendance à placer les femmes dans des emplois stéréotypés. Si l’on m’avait présenté ce ou ces métiers quand j’avais 17 ans, je n’aurais peut-être pas perdu ces années à me chercher.