Des « Ambassadrices » en première ligne pour la forêt française

Dans le cadre du partenariat entre France Bois Forêt et l’émission du groupe France Télévisions Silence, ça pousse !, les téléspectateurs ont fait connaissance, chaque vendredi soir des lois de mars et d’avril, avec six femmes passionnées par leurs métiers forestiers. Ces portraits de six minutes, diffusés sur France 5 à 22h20, nous révèlent leur quotidien voué à la forêt et à sa gestion durable

CHANTAL RENON, SYLVICULTRICE À SAINT-MARTIN-D’ONEY, LANDES

Chantal Renon a inauguré la série de portraits des métiers de la forêt au féminin le 22 mars 2019. Amoureuse de sa région et du pin maritime, elle nous raconte cet « arbre à la saveur succulente » et comment l’entretenir de manière durable. « Nos parcelles sont plantées pour être viables. Donc chaque fois que l’on coupe un arbre, on en replante un. C’est pour ça que l’on est sylviculteur, on a envie de vivre quelque chose avec eux. C’est de l’histoire. » Et non, le métier de sylvicultrice n’est pas de tout repos !
« Il faut savoir que l’on est 50 % de femmes à avoir des propriétés forestières. On est là pour accompagner l’arbre… Et quand on dit que la forêt pousse toute seule, ce n’est pas vrai : il faut y être tout le temps ! »

Chantal ne tarit pas d’éloges sur les pins maritimes : souche autochtone capable de résister au gel, de vivre quasiment trois mois sans eau… Mais il faut aussi les aider, par exemple, avec la taille de formation sur des pins abroutis par les chevreuils ou couchés par le vent. « On leur donne un petit coup de main pour qu’il y ait une cime qui démarre… Plus vite ils prennent
de la hauteur et la lumière, plus vite la photosynthèse les nourrit et plus vite ils grossissent. » « Je n’interviendrai que quand les autres espèces deviennent trop invasives pour lui. Le chêne tauzin, nous le laissons aussi longtemps que possible, parce que sa feuille enrichit la litière des pins… C’est aussi un pare-feu, il flambe beaucoup moins vite que nos petits résineux… Notre premier souci, à nous sylviculteurs, c’est de mettre les pins à l’abri de l’incendie, des insectes, des chevreuils. »

Il y a aussi tout un travail d’ouverture et de maintien de circulation pour les pompiers. Ici, Chantal Renon est sur une piste de DFCI (Défense de la forêt contre l’incendie). « Si nous voulons qu’ils deviennent grands ces arbres, il faut être très vigilant, être là souvent. Notre vocation de forestiers, c’est de prendre soin de tout. Ce que nous plantons maintenant, ce sont sans doute leurs petits-enfants (ceux de ses filles, NDLR) qui le récolteront dans cinquante ans. C’est un travail de génération en génération. Nous travaillons avec le temps et pour le temps. »

ALIX VAQUIER, SYLVICULTRICE ET REBOISEUR-PAYSAGISTE CHEZ ALLIANCE FORÊT BOIS, HAUTE-VIENNE

Exerçant essentiellement pour le compte de propriétaires privés, Alix Vaquier dit avoir choisi ce métier, notamment parce qu’elle a « des attaches familiales dans ce domaine ». Rencontre avec une jeune femme qui ne regrette rien et a conscience qu’elle travaille pour les générations futures : « Quand on plante un arbre… on se projette sur cinquante, soixante ans, voire plus, selon certaines essences. Ça vit avec plusieurs générations. » Portrait diffusé le 29 mars 2019.

« Sur cette superficie, il y avait des arbres malades. Nous avons dû prendre une décision, c’est-à-dire couper l’ensemble (…) et remettre en route une plantation… Nous avons créé un vide sanitaire pour éviter que les insectes ne s’attaquent aux jeunes plans de résineux. » « Nous sommes là pour aider des propriétaires à prendre des décisions, les aider à situer géographiquement leur parcelle, faire une visite et un diagnostic, puis un programme de travaux ou de coupe. En fonction des surfaces, nous les amenons à faire des documents de gestion durable. Ça permet de laisser une trace aux générations futures et d’avoir un historique de la forêt. »

« Nous devons être très attentifs au choix des essences. Ces dernières années, le climat est plutôt changeant, avec de fortes sécheresses estivales. Il y a cinquante ans, dans certaines régions, on pouvait planter du Douglas ; aujourd’hui, on sait que si l’on en remet, il n’arrivera jamais à terme. On va donc choisir d’autres espèces d’arbres. » « Sur cette surface, le propriétaire souhaitait garder un îlot de feuillus. On a créé des puits de lumière au niveau du sol, pour que les arbres prennent plus de place (…) La parcelle va se régénérer naturellement. Il faut s’adapter en fonction de ce que l’on a sur le terrain. On peut faire de la plantation, de la régénération naturelle… C’est assez dynamique ! »

NATHALIE SACHET, EXPERTE EN TRAVAUX FORESTIERS POUR L’OFFICE NATIONAL DES FORÊTS (ONF), YONNE

Cette cheffe d’équipe a su très jeune qu’elle était faite pour ce métier et est prête à tout pour défendre ses arbres, même à parler de « concurrence déloyale vis-à-vis de la lumière » pour détruire des ennemis indésirables. « Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est pour nos enfants, nos petits-enfants. » Diffusé le 5 avril, portrait d’une femme selon laquelle « nous avons un devoir vis-à-vis de notre planète ».

Sur cette parcelle, Nathalie doit, avec son équipe, « assurer la régénération naturelle à base de chênes. Toutes les autres essences qui montent dans les houppiers de chêne les mettent en stress. Nous faisons un détourage du houppier de manière que la régénération puisse arriver au sol, et que l’arbre perdure le plus longtemps possible. » « L’ONF coupe du bois pour assurer le maintien des forêts dans le temps, assurer dans 150 ans la régénération. Si on ne la gère pas (…), à un moment donné, il n’y aura plus que du taillis de noisetiers, une espèce de forêt appauvrie. Or l’objectif, c’est de maintenir en l’état, avec un pouvoir d’accueil écologique le plus optimal, les forêts françaises. »

« Ce chêne-là, je le marque en tant qu’“arbre bio“. Il n’a plus de valeur économique, mais le couper serait une hérésie par rapport à la capacité d’accueil qu’il a pour l’environnement. Un grand nombre d’insectes se nourrit du bois mort. Nous, l’ONF, le marquons avec un triangle bleu de manière qu’il ne soit pas coupé. Il restera comme ça jusqu’à ce qu’il tombe au sol et fasse du bois. Je l’inscris, ça nous permet d’avoir une base de données de tous les “arbres bios“ que l’on a en France. »

Une femme dans un milieu d’hommes, c’est comment ? « Être une manager dans une équipe d’hommes, c’est une chance ; ça permet de désamorcer d’éventuels conflits (…) Et de donner aussi un petit côté famille, mes gars apprécient ! »