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Vergers à graines : l’allié de poids pour lutter contre le changement climatique 

Publié Publié dans La Lettre B

Vergers à graines : l’allié de poids pour lutter contre le changement climatique 

Renouveler, augmenter, diversifier, tels sont les trois axes majeurs de la feuille de route pour le développement des vergers à graines et leur adaptation au changement climatique. Une coordination de programmes menée, dans le cadre de leurs missions respectives, par France Bois Forêt et le Comité technique permanent de sélection (CTPS).

Cônes et graines de cèdre de l’Atlas. Photo : Vilmorin-Mikado

«Nos groupes de travail “Vergers à graines” et “Matériels forestiers de reproduction (MFR) et relance du reboisement” ont fusionné pour coordonner cette feuille de route et être plus opérationnels. Il s’agit de mettre en place des programmes d’installation durables, avec des financements idoines », précise Gilles Bauchery, président du Syndicat national des pépiniéristes forestiers (SNPF). « Et nous avons besoin de France Bois Forêt et de l’État pour pérenniser lesdits financements de vergers à graines, car il nous faut une visibilité sur dix à quinze ans pour orienter les travaux de recherche et installer ces dispositifs », souligne Richard Hébras, président du GIE Semences forestières améliorées (SFA) et directeur du service semences d’arbres chez Vilmorin-Mikado. Lequel ajoute : « La problématique de vieillissement des vergers est toujours d’actualité. Il est indispensable d’anticiper le renouvellement régulier de ce parc, qui, plus est, souffre du changement climatique. Il faut replanter, et cela sur des surfaces conséquentes. Pour le Douglas, ce sont 90 hectares à renouveler sur un temps relativement court ! Nous bénéficions, à ce jour, de l’aide du Plan de relance et avons ainsi pu planifier de nouvelles installations. »

Semences de Douglas. Photo : Vilmorin-Mikado

Vers une plus grande diversité génétique
D’autant plus que la tendance observée ces dernières années est à une baisse de production des vergers. Sur le pin maritime, la récolte de semences était, il y a dix ans, d’environ 2 kg par hectolitre de cônes récoltés, contre 600 à 700 g aujourd’hui, soit presque trois fois moins. Sur le Douglas, les rendements à l’hectolitre sont passés de 800 à moins de 500 g. Et 2021 ? « C’est la pire année depuis au moins trente ans », souligne Gilles Bauchery. En cause, gelées tardives, pluies au moment des floraisons, mauvaises conditions de pollinisation, attaques de parasites, telle la punaise américaine… Résultat : des fructifications réduites et des graines vides plus nombreuses. « Il en découlera forcément une tension pour les pépiniéristes sur la fourniture de plants. Les rendements ne sont pas idéaux. Dans les années 1990, ils produisaient 120 millions de plants, contre 40 et 50 millions aujourd’hui. Le risque est d’avoir, à l’horizon 2030, un gros déficit pour la ressource en graines. »
Et, justement, les programmes d’installation visent à augmenter la capacité de production – une nécessité pour un approvisionnement régulier des producteurs –, et à obtenir également une plus grande diversité. Laquelle est à entendre en termes d’espèces, mais aussi sur le plan génétique au sein d’une même espèce. Ce travail est mené en collaboration avec les chercheurs, qui identifient les clones adaptés à tel ou tel scénario. « Ainsi, les vergers de Douglas seront compo­sés différemment selon les orientations souhaitées. Certains seront plutôt destinés à des zones favorables, donc très poussants ; d’autres, prévus pour des zones difficiles, le seront moins, mais résisteront mieux à la sécheresse », détaille Richard Hébras.

Jeune verger Douglas Darrington junior. Photo : Blazy C/ONF

Le Plan de relance au service des vergers à graines
Une première convention, signée en décembre 2019 avec le ministère de l’Agriculture en charge des forêts, portait sur la création de trois vergers : un de cèdre de l’Atlas de 4 ha (planté cet automne) ; deux de mélèze (Sudetica et Polonica) de 5 ha chacun. Si tous ne sont pas encore installés, les financements sont acquis. « Le cèdre est une espèce nouvelle, tandis que le mélèze est très sensible aux conditions météorologiques. Il faut des surfaces suffisantes pour optimiser la production de graines et pouvoir la stocker lors des bonnes années de récoltes », souligne-t-il.
La deuxième convention s’inscrit dans le cadre de France Relance et prévoit l’installation de sept vergers : trois de Douglas (3 x 10 ha), un de chêne pubescent (10 ha), un de cèdre de l’Atlas (5 ha), auxquels s’ajoutent deux de tilleul : l’un à grandes feuilles, l’autre à petites feuilles. Autre projet, un verger de pin maritime hybride (8 ha) – pin des Landes croisé avec des pins de Corse – prévu dans le cadre du Groupement d’intérêt scientifique Groupe pin maritime du futur (GIS GPMF). Des semences très intéressantes car elles produisent des boisements de très bonne qualité : rectitude pour les corses et vigueur pour les landais. D’autres installations de vergers sont programmées, notamment pour le Douglas, le mélèze d’Europe, ou encore le mélèze hybride – celui-là plutôt en pollinisation libre (lignes pères et lignes mères dans un même verger). « Le Plan de relance a permis de financer pour les trois ans à venir, mais il faut aller au-delà. Pour avoir une forêt résiliente, un large panel génétique est impératif. Sans financement public pérenne, pas de stratégie sur le long terme. Celui-ci, sur dix ou quinze ans, permettra de financer la recherche et d’anticiper les installations régulières des vergers », conclut Gilles Bauchery.
France Bois Forêt a prévu une ligne budgétaire pour manifester sa détermination et son implication sur ces sujets.


Pour en savoir plus :
pepiniereforestiere.fr
vilmorin-semences-arbres.com
agriculture.gouv.fr
franceboisforet.fr

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