Vergers à graines : un espoir face au changement climatique

Vergers à graines : un espoir face au changement climatique

Définir une feuille de route pour le renouvellement des vergers à graines d’État et leur adaptation au changement climatique. C’est l’objet de cette coordination de programmes menée, dans le cadre de leurs missions respectives, par France Bois Forêt et le Comité technique permanent de sélection (CTPS1).

Douglas Darrington 1.2 ; plantation printemps 2021. Photos : Blazy C./ONF

«Étant donné la convergence de nos objectifs, nous avons fusionné nos groupes de travail respectifs – “Vergers à graines” et “Matériels forestiers de reproduction (MFR) et relance du reboisement“ – pour coordonner ensemble cette feuille de route », souligne Richard Hébras, membre actif des deux entités (FBF et CTPS) et président du GIE Semences forestières améliorées (SFA)2 et de l’entreprise Vilmorin Semences d’arbres. Une stratégie dont la réussite dépend d’un renouvellement régulier des vergers à graines, de façon à obtenir des arbres qui produisent davantage et qui soient adaptés au contexte climatique. « Il y a actuellement une problématique de vieillissement du parc. » Ce qui implique non seulement d’assurer un approvisionnement régulier et sécurisé en MFR adaptés, d’enrichir la diversité des espèces disponibles et des MFR associés, mais aussi d’en proposer de nouveaux.

À venir, cinq nouveaux vergers

« Ce qui est ressorti en premier lieu de nos observations communes, c’est une baisse notable de productions dans les vergers. Sans parler de pénurie, la situation est devenue très tendue quant à la disponibilité des semences », explique Richard Hébras. Les raisons : températures élevées, sécheresses répétées et, par ricochet, infestations d’insectes ravageurs. Par exemple, sur le pin maritime, la production de semences était, il y a dix ans, à peu près de 2 kg par hectolitre de cônes récoltés, contre 600 à 700 g aujourd’hui, soit presque trois fois moins. Sur le Douglas, les rendements à l’hectolitre sont passés de 800 à moins de 500 g.

La première étape a consisté à analyser le besoin de vergers à graines sur les MFR actuels avec, en toile de fond, une ouverture sur de nouvelles espèces. Une liste indicative de vergers à installer a été définie, avec une visibilité pour la recherche jusqu’en 2030. « Entretemps, le plan pour le reboisement du programme France Relance3 en septembre 2020 a quelque peu accéléré le calendrier. Il a fallu aller plus vite, ce plan prévoyant un financement dédié à la création de nouveaux vergers à graines d’État. »

D’où la validation, début 2021, d’un programme d’installation de trois vergers de Douglas (3 x 10 ha), un de chêne pubescent (10 ha) et un deuxième verger de cèdre de l’Atlas (5 ha). Le choix de cette espèce originaire du Sud se justifie par sa résistance au froid et à la sécheresse, quand bien même elle pousse lentement. L’objectif est d’avoir des espèces résilientes, et donc pleinement adaptées au changement climatique. Le chêne pubescent était éligible pour les mêmes raisons, d’autant plus qu’il est difficile à récolter en forêt, car dispersé et souvent hybridé avec les autres chênes. « L’intérêt d’un verger est d’avoir un peuplement pur. »

 Jeune verger Douglas Darrington junior.

Renouvellement des parcs vieillissants

À des échéances plus lointaines, l’objectif est de donner une visibilité aux chercheurs. Il s’agit de pouvoir, d’une part, anticiper le renouvellement des vergers vieillissants de pin Laricio, de pin sylvestre, de merisier, d’autre part, de créer des vergers d’espèces nouvelles, à savoir, le tilleul, l’alisier, l’érable, le pin brutia, le cèdre du Liban ou encore le séquoia. Ces vergers seront, au préalable, validés par la section spécialisée du CTPS et du CTC (Comité technique de coordination des vergers d’État). Autre axe de travail sur le long terme : l’augmentation de la production sur le Douglas et le mélèze hybride. « Le premier est une espèce très demandée, mais, aujourd’hui, nous ne sommes pas en mesure de faire face à la pénurie. Quant au second, nous avons beaucoup de difficultés à le produire. » Le mélèze, qui fleurit au mois de février, période de gel fréquent, est une espèce capricieuse : il se reproduit une année, puis observe une phase de repos durant un an ou deux. En outre, il a besoin de lumière, donc la densité du verger doit être faible. Autant de contraintes qui imposent d’augmenter les surfaces de production. Avec, en toile de fond, la problématique du foncier disponible en stations adaptées. « Quoi qu’il en soit, le soutien de France Bois Forêt est essentiel pour nous appuyer politiquement dans la démarche du plan France Relance et solliciter de futurs financements en vue de l’installation des vergers à partir de 2025 », conclut Richard Hébras.