Construction bas carbone : la filière forêt-bois en tête de peloton

Construction bas carbone : la filière forêt-bois en tête de peloton

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Avec son Plan Ambition Bois-Construction 2030, la filière forêt-bois française est prête à relever le défi de la Réglementation environnementale (RE) 2020 « Éco-construire pour le confort de tous ». Si cette dernière ne fixe aucune obligation quant au choix des matériaux de construction, elle prendra progressivement en compte l’impact carbone des nouveaux bâtiments. Dans ce contexte, matériaux bois et biosourcés ont l’avantage.

N’ayons pas peur des mots : le moment est historique pour la construction bois. Jamais les objectifs du gouvernement, avec la mise en place de la Réglementation environnementale 2020 « Éco-construire pour le confort de tous », n’auront été autant en phase avec ceux de la filière forêt-bois française. Applicable au 1er janvier 2022, elle engage le secteur du bâtiment, qui représente en France près de 19 % des émissions carbone, dans la stratégie nationale bas carbone (SNBC) avec un objectif de décarbonation (neutralité carbone) de l’économie française à l’horizon 2050 : « La nouveauté, et c’est ce qui fait toute l’importance de cette réglementation, c’est qu’au-delà de la performance thermique des bâtiments, elle ajoute un élément essentiel : la mesure de l’empreinte carbone de la construction, explique Michel Druilhe, président de France Bois Forêt. C’est le fondement même de cette nouvelle réglementation qui prend en compte l’urgence de la situation. »

Des solutions constructives bois plus vertueuses

La construction bois s’impose comme système constructif de référence (ou exemplaire) à l’horizon 2030 pour une économie décarbonée. Photo : France Bois Forêt

La RE 2020 admet donc qu’il convient de mesurer l’impact carbone du bâtiment pour lutter efficacement contre le changement climatique, qu’il faut le faire vite, et ce sur l’ensemble du cycle de vie : construction, exploitation et fin de vie. Pour cela, elle s’appuie sur un indicateur essentiel : l’analyse du cycle de vie dynamique (ACV dynamique). Ce mode de calcul prend en compte le stockage carbone des matériaux en attribuant un poids plus fort au carbone émis aujourd’hui qu’à celui qui sera émis demain, favorisant
de facto les matériaux bois et bio­sourcés (lire p. 43). Inutile de dire que les filières classiques de la construction (acier, brique, béton, etc.) sont montées au créneau pour s’opposer à ce mode de calcul qui les « pénalisent » – ou, plutôt, qui révèle une réalité plus pénalisante pour elles. Mais la ministre déléguée au Logement, Emmanuelle Wargon, l’a confirmé ce 18 février, lors des derniers arbitrages, tout en le modulant. Ainsi, les seuils des émissions de carbone des matériaux ont été légère­ment augmentés, selon un nouveau calendrier 2025-2028-2031, mais l’ACV dynamique sera bien appliquée au 1er janvier 2022. Selon Michel Druilhe, président de France Bois Forêt, elle doit être comprise comme un outil : « Un instrument de mesure ne modifie pas la chose mesurée, il montre qu’effectivement des solutions constructives sont plus vertueuses que d’autres. L’ACV dynamique va les mettre en valeur. Si la réglementation environnementale 2020 ne fixait pas de seuils à ne pas dépasser en matière d’empreinte carbone, cela n’aurait aucun sens. » Sachant que l’objectif du gouvernement n’est pas de favoriser une filière plutôt qu’une autre, mais d’inciter les filières traditionnelles à baisser leur empreinte carbone et à encourager à la mixité des matériaux dans les constructions. Dans tous les cas, l’atteinte des objectifs de neutralité carbone en 2050 ne se fera pas sans l’utilisation accrue de bois, matériau renouvelable et biosourcé, dans la construction. Qui plus est, garantie d’un cadre de vie harmonieux et d’une meilleure qualité de vie.

Vers la décarbonation de la construction

1 m3 de bois équivaut à environ 800 kg éq. CO2 stockés. Photo : Alexandre Jaquetoni

La filière forêt-bois l’a bien compris et, pour répondre à cette urgence, elle a mis en place un plan de bataille concomitant à la RE 2020 : Plan Ambition Bois-Construction 2030 (voir encadré p. 40). Ce dernier, porté par France Bois Forêt, Fibois France, France Bois Industries Entreprises (FBIE) et le Comité stratégique de filière bois du Conseil national de l’industrie, est une véritable feuille de route pour répondre aux enjeux de cette réglementation en développant de manière significative le bois dans la construction.

Massifier l’utilisation du bois et investir dans des outils de production pour diminuer les coûts. Photo : France Bois Forêt

D’autant qu’aujourd’hui, sa part est encore faible : « Entre 6 et 10 % des constructions neuves sont réalisées en bois. En dehors des pays du Sud, nous sommes un de ceux qui en utilisent le moins malgré une ressource abondante : la France possède le quatrième plus grand massif forestier de l’Union européenne. Ce que nous disons, c’est qu’il faut augmenter cette proportion », explique Michel Druilhe. « Avec le Plan Ambition Bois-Construction 2030, expliquent ses rédacteurs, la filière forêt-bois s’engage auprès des élus, du gouvernement et de leurs partenaires à répondre à cet enjeu historique qu’est la RE 2020, apportant ainsi sa contribution à l’effort collectif nécessaire à la décarbonation de la construction. » Contribution concrétisée par dix engagements stratégiques : formation, emploi, investissement, recherche et développement, multiplication de l’offre en bois français, implantation dans les territoires, gestion durable de la forêt, réduction des coûts, recyclage du bois en fin de vie et mixité des matériaux (voir encadré p. 40). Michel Druilhe parle d’une montée en puissance progressive du matériau bois : « L’objectif n’est pas d’atteindre 100 % de bois dans la construction, mais de laisser du temps aux entreprises de BTP, aux industriels pour s’adapter et se “convertir”, au moins en partie, à d’autres modes constructifs ou en créant des produits qui associent le bois à d’autres matériaux. C’est ainsi que nous atteindrons l’objectif. » Et à ceux qui voudraient faire croire que le recours massif au bois et aux biosourcés dans la construction va renchérir les coûts, Michel Druilhe rétorque : « La filière a démontré que les techniques bois, notamment la préfabrication des éléments de construction en atelier, diminue les coûts et raccourcit les délais. Les chantiers sont plus propres. Et cela nous permet d’améliorer la mixité sociale dans la construction. Aujourd’hui, de nombreux métiers s’ouvrent aux femmes car, avec la préfa­brication, ils sont beaucoup moins pénibles physiquement. » Un avantage collatéral donc.

Les 10 engagements du Plan Ambition Bois-Construction 2030

  • Former : « Accompagner, dans l’acte de construire, les opérateurs de la famille des bâtisseurs en lien avec les organismes de formation. Nous nous engageons également dans un effort de formation continue de nos professionnels, de l’amont à l’aval. »
  • Développer l’emploi « en augmentant nos capacités de production et en produisant de la valeur ajoutée ».
  • Mobiliser les volumes : « Favoriser les investissements liés au développement des usines de première et de deuxième transformations vers des produits mixtes, combinant le bois à d’autres matériaux, afin de répondre aux exigences du marché en termes de volume. »
  • Investir en recherche et développement, soit aller « vers un effort constant en matière de recherche et développement, allant de l’ingénierie à la conception de produits et systèmes constructifs novateurs, afin de favoriser l’essor des marchés de la construction bois et biosourcée ».
  • Développer l’offre en bois français : « Favoriser la construction de logements bas carbone avec une priorité donnée au bois français. »
  • Soutenir l’économie des territoires : « Développer des acteurs industriels de référence et des capacités de transformation au cœur des territoires français. »
  • Favoriser la mixité des matériaux : « Relever le défi de l’accroissement de la mixité des matériaux auprès des entreprises de la construction, forts de tous les acquis des programmes démonstrateurs menés depuis plusieurs années. »
  • Planter et replanter : « Maintenir un effort constant afin de garantir le renouvellement de la forêt française. »
  • Réduire les coûts : « Maintenir un effort constant afin de massifier l’utilisation du bois et investir dans des outils de production pour diminuer les coûts. »
  • Recycler le bois en fin de vie : « Investir dans les usines biomasse et optimiser l’utilisation des produits bois en fin de vie. »

> Consultez le Plan Ambition Bois-Construction 2030

Pour en savoir plus :