L’école de la forêt

CONSTRUCTION /ÉQUIPEMENT COLLECTIF

* THÈME : reconstruction d’une école maternelle en site occupé
* ESSENCES FRANÇAISES : pin Douglas, mélèze, bouleau
* ENTREPRISE BOIS : Lifteam
* ANNÉE DE LIVRAISON :Septembre 2018
* LIEU : Perthes-en-Gâtinais, Seine-et-M arne (7 7), Île-de-France
* SITE INTERNET : tracks-arc hitectes.com 

Entre patrimoine construit et décor sylvestre, l’école maternelle La Ruche, dans le village de Perthes-en-Gâtinais, au sud de la Seine-et-Marne, fait la part belle au bois. Un matériau biosourcé au service d’un mode constructif qui illustre le parti pris architectural d’intégrer la forêt environnante à cet équipement scolaire. 

Aucune fixation n’est apparente, afin d’éviter le vieillissement du bois par la corrosion des vis.
ECOLE DE PERTHES, TRAKCS ARCHITECTES
Seul espace minéral, une dalle en béton balayé qui prolonge les deux préaux coiffés d’un toit translucide, tandis que le sol des cours est revêtu de copeaux de bois.

Sur une parcelle généreusement arborée, se dresse la nouvelle école maternelle, en plein coeur historique de ce petit village rural en Seine-et-Marne. On n’entend ici que les chants des oiseaux supplantés, à chaque récréation, par les cris des enfants. Nommée La Ruche en référence à l’abeille du logo de la ville, cette construction, deux fois primée1, est en totale connexion avec son environnement. Elle en est même un prolongement harmonieux, puisque tout en bois, français qui plus est. « Tous les espaces de classe sont tournés vers la végétation. De même, les cours de récréation et son mail piéton prolongent l’espace arboré, maximisant ainsi les surfaces extérieures et offrant un recul aux classes, détaille Moïse Boucherie, architecte de l’agence Tracks. Au lieu de couper les cours comme autrefois, on a agrandi le paysage, l’espace semble plus généreux visuellement, renforçant la dimension bucolique du site où s’insère le nouvel équipement. » 

Cet équipement compte quatre classes, un dortoir, deux salles de vie, deux bureaux, une salle de motricité, des sanitaires, ainsi qu’une chaufferie biomasse à bois alimentant plusieurs bâtiments communaux2… Sans oublier les espaces extérieurs agrémentés de jardins pédagogiques et les préaux. Il n’aura fallu que dix mois pour mener à terme ce chantier. Des délais très courts tenus grâce à une stratégie de phasage qui a permis de maintenir le fonctionnement de l’école existante située dans un bâtiment modulaire vieux d’une quarantaine d’années. « Les contraintes étaient majeures dans la mesure où nous devions travailler en site occupé. Ce n’était pas évident en termes d’exigence de maîtrise d’ouvrage et de maîtrise d’oeuvre auprès des entreprises. Mais tout le monde a joué le jeu », souligne l’architecte. 

Plan de l’équipement scolaire.

Connectée à l’environnement boisé 

Le choix de la construction bois n’est pas étranger à la réussite de ce projet. Filière sèche et préfabrication ont permis de réduire les nuisances de chantier et les durées d’intervention des entreprises sur site. L’ossature, les caissons de toiture isolés en laine de bois, les encadrements de fenêtres, ainsi que la structure des préaux sont en pin Douglas. Les bardages, mis en oeuvre selon une pente à 45°, sont, eux, en mélèze, tout comme les menuiseries. Les finitions intérieures sont en multiplis de bouleau. Matériau biosourcé par excellence, le bois est omniprésent, et cela jusque dans les cours de récréation. « Trois arbres de la forêt environnante ont été sélectionnés pour construire le mobilier extérieur. Conservés et séchés sur place, ils ont été disposés dans les cours de l’école pour marquer l’histoire du site. Les grandes billes de bois font office de bancs. » L’objectif étant aussi de limiter le bilan carbone lié au transport et au découpage. Également en bois, les bacs prévus pour des jardins pédagogiques, ou encore le revêtement de sol des cours primaire et maternelle, qui évoque celui d’un sous-bois. Les copeaux qui le composent – appelés BRF pour bois raméal fragmenté – en font « un sol meuble toujours sec, ce qui lui confère une porosité et une perméabilité à l’eau. Idéal par temps de pluie : les enfants ne souillent pas les sols intérieurs », explique Moïse Boucherie. En outre, quelques essences ont été plantées afin de renouveler progressivement le boisement. 

Lumière naturelle 

Choix esthétique retenu, le bardage n’est pas traité. En revanche, l’Architecte des bâtiments de France a demandé d’anticiper le vieillissement du bois. « Nous sommes à proximité d’une église classée du 12e siècle. La toiture de l’équipement est en zinc prépatiné quartz, et il fallait éviter les différences entre la couleur rosée du bois laissé brut et ce toit. On lui a donné tout de suite une patine un peu grisâtre ; celle-ci préserve sa teinte chaude et sa visibilité en tant que bâtiment bois. Deux ans après, le résultat est magnifique ! Le bois se patine doucement en se rapprochant du gris du zinc prépatiné », se félicite l’architecte. 

Concrètement, la construction a été menée, dans un premier temps, autour du bâti existant, à un mètre de chaque côté. Elle s’est achevée, à la fin de l’année scolaire, par la démolition du bâtiment et la construction du préau. « Implanté en plein milieu du projet, ce dernier correspond à l’emprise de l’ancienne école. Une “dent creuse” en quelque sorte qui représente le vide dans la masse. » Son implantation, de plain-pied et linéaire, crée en outre des identités volumétriques distinctes par espace. De même, toutes les salles de classe sont sous rampant, offrant ainsi des volumes de 2,50 à 5 m. « La salle de motricité de 120 m2, quant à elle, est un agglomérat de trois archétypes qui donnent une géométrie variable au plafond allant de 3,50 à 7 m », précise l’architecte. Des salles toutes très généreusement vitrées qui ouvrent sur les cours avec, en fond de décor, le mail boisé. 

Questions à Moïse Boucherie, architecte de l’agence Tracks 

Pourquoi le bois ? 

La Ville de Perthes-en-Gâtinais est accompagnée par le Parc naturel et régional du Gâtinais français. Le cahier des charges préconisait l’utilisation de matériaux biosourcés, sans détail ni limitation. Nous avons considéré cet additif comme une opportunité de construire en bois. Et surtout, seul ce mode constructif permettait de tenir les délais en site occupé : filière sèche, préfabrication, peu de nuisances sonores, rapidité. La totalité des murs, des bardages et des toitures a été préfabriquée en atelier pour limiter le temps de présence des entreprises sur site. 

Quelle est l’innovation marquante dans cette réalisation bois ? 

La typologie du bardage est totalement inédite ici ! Cette couche extérieure de bâtiment est habituellement verticale ou horizontale dans les DTU1 ; sur cette école, le bardage est à 45° avec une mise en oeuvre à bâton rompu. En fait, il adopte la même pente que celle de la toiture. Résultat : la goutte d’eau ne reste pas, elle coule en rive sans jamais abimer le tasseau inférieur. On a supprimé tout point de vieillissement en évitant tout surplomb du bardage susceptible de générer une patine irrégulière. En plus, il a été conçu de manière qu’il n’y ait aucun point de vis apparent. Les bardages sont préfabriqués en rétrovissage, c’est-à-dire fixés par l’arrière, par grands éléments, lesquels sont vissés ensuite dans les interstices. Pour résumer, ce protocole de mise en oeuvre a permis de supprimer tous les points de vieillissement majeurs. 

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1 Document technique unifié applicable aux marchés de travaux de bâtiment en France 

Architecte : Tracks (mandataire)
Surface intérieure : 815 m²
Surface extérieure : 1 090 m²
Coût : 1 890 k€