Le bois au service de la santé

CONSTRUCTION / ÉQUIPEMENT TERTIAIRE 

* THÈME : construction d’un bâtiment sain et écologique
* ESSENCES FRANÇAISES : épicéa, mélèze, c hêne, châta ignier, hêtre
* ENTREPRISES BOIS : Arbonis (filiale bois de Vinci) pour la structure et le clos-couvert (façade, menuiseries mixtes bois/a luminium) ; Ascensus (agencement)
* ANNÉE DE LIVRAISON : 2019
* LIEU : Saint-Maurice, Val-de-Marne (94), Ile-de-France
* SITE INTERNET : atelierdupont.fr 

Du bois français, des matériaux naturels, biosourcés, sains… Le nouveau siège de Santé publique France illustre l’engagement fort de l’institution pour un impact moindre sur l’environnement et le bien-être de ses occupants. 

Le bâtiment tout en longueur se prolonge par deux « bras ouverts et protecteurs ». Quand la forme rejoint la fonction… En l’occurrence, protéger la santé des Français. Photo : Takuji Shimmura/Atelier du Pont
Plan du rez-de-chaussée. Doc. : Atelier du Pont
La construction étant en R + 2, nul besoin de cloisonner la cage d’escalier en mélèze massif sur structure acier. Baignée de lumière naturelle, elle contribue à une fluidité de l’espace très agréable et incite les déplacements à pied d’un étage à l’autre pour éviter l’usage de l’ascenseur. Photo : Takuji Shimmura/Atelier du Pont
Photo : Karel Balas/Atelier du Pont
Le restaurant et les petits cafés d’étage sont aménagés de façon à créer des lieux chaleureux et intimes, favorisant les échanges et réunions informelles. Photo : Karel Balas/Atelier du Pont
Petit salon d’attente et sa cloison en bardeaux de mélèze français. Photo : Karel Balas/Atelier du Pont

Nous sommes à l’orée du bois de Vincennes, plus précisément au sud. C’est là, sur l’emprise des hôpitaux Saint-Maurice, que se dresse le nouveau siège de Santé publique France. Le bâtiment, composé de deux branches formant un angle ouvert sur la plus grande longueur (voir schéma page suivante), tels deux bras protecteurs, s’installe dans la continuité de celui construit en 20121. Cohérence oblige, ce programme devait être, lui aussi, en bois – une exigence de Santé publique France. Ossature et façades sont donc respectivement en épicéa et en mélèze français ; ce dernier, retenu pour sa durabilité, provient plus précisément du Mercantour. « L’idée était d’établir une connexion entre ces deux constructions », explique l’architecte Anne-Cécile Comar, de l’agence Atelier du Pont. 

Une dimension forêt 

Au-delà de ce prolongement architectural, la proximité immédiate de la forêt était aussi une composante essentielle. Le bâtiment s’inspire donc de ce contexte paysager pour mieux s’y insérer, faire corps avec lui. « Nous avons opté pour une version un peu plus brute que le bâtiment voisin. Nous souhaitions une dimension “forêt” », souligne l’architecte. Ainsi, les bardeaux sont fendus à la main et prégrisés ; tous différents, ils apportent du relief à l’ensemble. Un parti pris identique pour les lames brise-soleil verticales, ici, en mélèze massif. Hautes de plus de 8 m et brutes de sciage avec une écorce sur chant, elles insufflent un rythme à l’enveloppe, rompant ainsi d’avance la monotonie que la répétition des fonctions – succession de bureaux en étages, tous cloisonnés – aurait pu créer. L’ensemble de la façade est protégé par le débord de la toiture en zinc. La structure était, quant à elle, une évidence. Le choix de ce mode constructif – système poteaux-poutres en épicéa lamellé-collé, avec murs à ossature bois, menuiseries intégrées et planchers connectés mixtes CLT2/béton – a permis de limiter la durée du chantier (filière sèche, préfabrication des panneaux de façade), et de répondre ainsi aux contraintes de délais de la maîtrise d’ouvrage. Sans oublier la réduction non négligeable des nuisances, notamment sonores. 

Si l’intégration à l’environnement extérieur était un prérequis, les architectes se sont attachés à prolonger cette cohérence à l’intérieur du programme. Là encore, le bois occupe une place de choix. « Les ambiances conférées par ce matériau sont très chaleureuses. Donc nous avons choisi de laisser apparents les murs en bois, le dessous des planchers, mixte béton et CLT, les murs en béton contreventé… Bref, de montrer des matériaux bruts et naturels », détaille Anne- Cécile Comar. Présent sous toutes ses formes – de l’habillage sous la charpente laissant vivre tous les volumes à la cage d’escalier en mélèze (sur structure acier) non cloisonnée et baignée de lumière naturelle, en passant par les cloisons en bardeaux –, il contribue à « une fluidité de l’espace, très agréable à vivre ». Et il s’invite jusque dans l’aménagement intérieur : mobilier en chêne, châtaignier, hêtre ou épicéa multipli, luminaires en liège… 

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1 Bâtiment construit par AIA Architectes (AIA Life Designers).
2 Cross Laminated Timber, ou bois lamellé-croisé. 

Un cadre de travail sain 

Mais l’architecte va plus loin encore : « Nous avons pris soin d’utiliser uniquement des matériaux inoffensifs pour la santé. » Biosourcés ou recyclables, tous, du parquet à la moquette, en passant par les colles, devaient être sans solvant, à très faible émission de COV3 et, si possible, exempts de plastique. « Il y a eu un véritable travail pour n’introduire que des matériaux naturels ou certifiés. C’est le fruit d’une collaboration étroite avec la maîtrise d’ouvrage. » Celle-ci s’était, en effet, fortement engagée pour faire de ce projet un exemple en matière d’impact sur l’environnement, et notamment d’aspect sanitaire. Une démarche qui tombe sous le sens pour cette « institution » dont la vocation est de protéger la santé des Français ! 

De ces volontés partagées est né un lieu agréable à vivre : des espaces communs chaleureux et intimes, qui incitent à l’échange ; des bureaux lumineux et ouverts sur le paysage environnant. Sans oublier une acoustique de qualité, traitée en panneaux de fibre de bois de couleurs différentes. Ce souci du bien-être des occupants se ressent jusque dans l’aménagement des grandes terrasses, sur lesquelles le personnel pourra déjeuner ou profiter simplement du parc boisé. À disposition également, trois jardins à vocation pédagogique respectivement dédiés à un de ces trois thèmes : les plantes bénéfiques, les maléfiques et les nourricières. Tout un programme ! 

Photo : Takuji Shimmura/Atelier du Pont

Maître d’ouvrage : Santé publique France
Maîtrise d’oeuvre : Atelier du Pont (Anne-Cécile Comar et Philippe Croisier)
Paysagiste : Laurence Jouhaud
Surface : 4 270 m²
Quantité de bois : 90 kg/m2
Coût travaux : 9,5 M€ HT
Coûts agencement et mobilier : 1 M€ HT 

Question à Anne-Cécile Comar, architecte de l’agence Atelier du Pont 

Pourquoi le bois ? 

Le siège Santé publique France est installé sur le site de l’hôpital de Saint-Maurice depuis des années : il y a un premier bâtiment du 19e siècle en brique ; il est en U avec une allée centrale. En 2012, est venue se greffer une deuxième bâtisse qui, elle, est en bois (ossature et façade, AIA Architectes). Le concours de marché public, que nous avons remporté en 2016, stipulait que ce projet de bureaux, qui venait dans la continuité, devait avoir des façades et une ossature en bois et une toiture en zinc. Si ce n’était pas un choix initial de notre part, celui-ci nous convenait en revanche et faisait totalement sens.