Dégâts de gibiers : vers une cartographie nationale

Prendre en compte la pression et les dégâts du grand gibier (cerf, chevreuil, sanglier…) sur les peuplements forestiers, tel est l’objet de ce programme financé par France Bois Forêt, réunissant les propriétaires et gestionnaires de la forêt publique et privée et piloté par Fransylva1. Avec, en ligne de mire, la création d’une plate-forme nationale de recensement pour fournir une information fiable et cohérente afin d’améliorer l’équilibre forêt-gibier.

Abroutissement2, écorçage3, frottis4, tels sont les dégâts, alimentaires ou comportementaux, observés en forêt. Principaux responsables : les grands ongulés et, plus précisément, la famille des cervidés (cerf, chevreuil, chamois, mouflon…). Or ces populations ne cessent de croître malgré des tableaux de chasse revus à la hausse ces deux dernières décennies. Le programme « Prise en compte des dégâts de grand gibier en forêt », financé par France Bois Forêt, mené par Fransylva et ses partenaires5, « vise à identifier et à caractériser les différents outils d’évaluation et de signalement de la pression et des dégâts sur les peuplements forestiers, publics et privés », explique Isabelle Flouret, responsable de projets chez Fransylva. Il s’agit de développer une procédure qui convienne à tout type de forêt et qui puisse générer des données fiables et communes sur tout le territoire. « La finalité étant de déboucher sur un outil cartographique des dégâts à l’échelle nationale. »

Vers une procédure simple

L’état des lieux effectué a recensé plusieurs méthodes d’évaluation à travers tout le territoire métropolitain :
– des fiches, format papier, fournies aux propriétaires forestiers par les Centres régionaux de la propriété forestière (CRPF), les syndicats de forestiers privés…
– des systèmes partagés, tel l’observatoire territoires-gibiers6 du GIP ATGeRi7, en région Nouvelle-Aquitaine : un outil cartographique (pour les dégâts) et numérique (pour les données de chasse) ;
– des applications smartphone, telle celle de la coopérative forestière de l’Aisne conçue par l’IGN et en phase de test en 2019 ;
Le guide pratique de l’équilibre Forêt-Gibier Bretagne (voir encadré). Soit des modes de signalements très variés, sans connexion entre eux, avec des remontées d’informations qui le sont tout autant – vers la Fédération de chasse, les représentants des forestiers dans les commissions départementales… Constats fréquents : des retours insuffisants auprès des experts forestiers et une inadéquation entre les attributions de chasse et les dégâts recensés.

Vient ensuite la question de l’inter­prétation des dégâts qui suppose la définition d’un indicateur d’impact (en trois niveaux), sous forme de code couleur. Mais là encore, les critères et les seuils associés varient d’une région à l’autre. « Par exemple, la Bretagne ne recense que les tiges endommagées non viables, tandis que la Nouvelle-Aquitaine comptabilise toutes les tiges impactées, viables ou non », explicite Isabelle Flouret. Sans oublier l’ex-Irstea8 qui a mis au point un diagnostic d’avenir des renouvellements, à l’échelle d’une parcelle. « Un protocole assez lourd. Nous souhaitons faire émerger une procédure plus simple pour déterminer si l’impact sur le renouvellement est faible, moyen ou très fort. Il faut noter que les dégâts peuvent être importants, mais avec un impact faible du fait d’une régénération réussie, assez dense et vigoureuse. » Ce diagnostic d’impact sur la viabilité du peuplement est essentiel, quel que soit le protocole utilisé. « Notre objectif final est d’arriver à développer, en 2020-2021, une plate-forme nationale rassemblant toutes les données sur les pressions, les dégâts et leurs impacts, ce qui facilitera la visibilité à l’échelle du territoire. En outre, leur interprétation permettra de réajuster les plans de chasse en fonction de la population de grand gibier et des problèmes constatés. » Un outil cartographique qui devrait favoriser une meilleure concertation forestiers et chasseurs.

L’équilibre forêt-gibier en Bretagne
Le guide pratique de l’équilibre Forêt-Gibier Bretagne (Brossier, Pallu, 2016) propose une méthode pour restaurer ou maintenir l’équilibre forêt-gibier, à l’échelle d’une propriété forestière ou d’un massif forestier. À la base, un travail en concertation entre forestiers, chasseurs et instances locales en charge de la chasse.

Retrouvez la méthode en vidéos sur equilibre-foret-gibier.fr

Les traces de dents d’un cerf sur le cambium (écorce intérieure) de ce châtaignier écorcé sont bien visibles. © Philippe Van Lerberghe/CNPF
Frottis sur un pin Douglas (Auvergne-Rhône-Alpes). ©Jean-Pierre Loudes/CNPF
Abroutissement sur un résineux (Hautes-Alpes). © Catherine Michel/CNPF

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1 Fédération des syndicats de forestiers privés.
2 Dommage causé par les animaux qui mangent les tiges de première pousse des arbres et arbustes.
3 L’animal mange l’écorce des jeunes arbres.
4 Le cervidé frotte la base de ses bois pour en retirer le velours ou marquer son territoire.
5 Union de la coopération forestière française (UCFF), Experts forestiers de France (EFF), Office national des forêts (ONF),
Fédération nationale des communes forestières (FNCOFOR) et, à partir de 2020, Centre national de la propriété forestière (CNPF).
6 gipatgeri.fr/les-metiers/observatoires-et-outils-danalyse/observatoire-territoires-gibiers
7 Groupement d’intérêt public aménagement du territoire et gestion des risques.
8 Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture, devenu Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement).

Pour en savoir plus :

• fransylva.fr
• cnpf.fr
• lescooperativesforestieres.fr
foret-bois.com/ExpertForestier
• onf.fr
• fncofor.fr
• inrae.fr

Réf. FBF : 19RD1106
Budget FBF : 21 k€