Transport des bois ronds : vers une e-cartographie des dessertes

La première tranche de l’ambitieux projet prévu sur deux ans et visant à numériser les itinéraires bois ronds à destination des professionnels du bois va enfin voir le jour. Cet outil collaboratif en ligne permettra de visualiser et de partager les informations relatives aux dessertes dédiées au transport du bois. Réunissant les compétences de l’IGN* et de FCBA**, ce travail a été piloté par France Bois Forêt, le MAA*** et le Codifab****.

C’est pour bientôt ! À la mi-septembre 2019, le premier site Internet regroupant, sur une carte dynamique, tous les itiné­raires bois ronds métro­politains devrait être opérationnel. Entre autres valeurs ajoutées, il recensera les informations métier concernant la desserte forestière en termes d’équipements – places de dépôt, aires de retournement, de croisement, de dépôt-retournement, barrière… – et de points de contraintes tels que pente supérieure à 10 %, lacet, tunnel, pont, dégradation éventuelle, obstacle, fermeture temporaire… Autant de données utiles à partager avec l’ensemble des utilisateurs. Son nom ? Ses concepteurs hésitent encore : Navibois ? Arbovia ? Forestlog ? La question n’est pas encore tranchée. Mais qu’importe, une chose est sûre : l’outil, destiné aux professionnels de la filière forêt-bois, va grandement faciliter leur travail quotidien. Tout comme celui des services décentralisés de l’État (Direction Départementale des Territoires) qui pourront ainsi mettre à jour les itinéraires bois ronds. C’est aussi l’occasion de répondre à deux grands enjeux : améliorer l’accès en forêt en tenant compte des attentes des propriétaires forestiers privés ou publics, et offrir un gain de productivité.

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* Institut National de l’Information Géographique et Forestière
**Institut technologique Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement
*** Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation
**** Comité Professionnel de Développement des Industries Françaises de l’Ameublement et du Bois

Une charte standard pour professionnels
Les avantages pour les utilisateurs ? Thierry Saffroy, chef de projet hygiène au sein de l’IGN, explique : « Un nouveau transporteur sur un massif forestier qui charge du bois en forêt ignore s’il va trouver une aire de retournement pour faire demi-tour au bout de la piste sur laquelle il se trouve. Il peut être amené à faire une certaine distance en marche arrière à vitesse réduite et sans grande visibilité, avec tous les risques que cela implique. Grâce à ce nouveau service, il gagnera en efficacité, saura trouver la meilleure route, celle qui lui évite la marche arrière, et arrivera ainsi plus vite à la scierie ! » À la clé donc, sécurité accrue, gain de temps, réduction des dégradations occasionnées sur les chaussées.
Ce site est l’aboutissement d’un projet amorcé il y a… sept ans. En 2012, l’Inventaire Forestier National (IFN), spécialisé dans la cartographie de la forêt, fusionne avec l’Institut Géographique National (IGN) pour devenir l’Institut National de l’Information Géographique et Forestière. Cette même année, lors d’une réunion à FCBA (Institut technologique Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement), est évoquée l’idée de mener un travail conjoint avec l’IGN sur les dessertes forestières. Rencontres, études de faisabilité et tests vont alors s’enchaîner. En 2017, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation mandate ces deux organismes pour mettre en œuvre une cartographie numérique dédiée au transport du bois. Concrètement : produire un standard national de données pour les dessertes forestières ; numériser les arrêtés préfectoraux des itinéraires bois ronds sous forme de carte ; développer un outil en ligne où les professionnels pourront renseigner les informations métier. Outil dont le développement requiert le savoir-faire de l’IGN en matière de gestion des données numériques et cartographiques et les compétences métier de FCBA.

Entre autres atouts, cet outil collaboratif permet de recenser les dessertes forestières et de renseigner la nature des voies (terre battue, bitume…). ©FCBA/C. Périnot

Le financement du projet
Coût total du projet (deux ans) : 644 k€
MAA (ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation) : 322 k€
Copacel (Union Française des Industries des Cartons, Papiers et Celluloses) : 96 k€
France Bois Forêt : 64 k€
Codifab (Comité Professionnel de Développement des Industries Françaises de l’Ameublement et du Bois) : 64 k€
IGN et FCBA (auto­financement) : 96 k€

Un groupe de travail national très diversifié
Le projet de cartographie numérique des dessertes forestières, piloté par France Bois Forêt et les organisations professionnelles membres, a rassemblé de nombreuses instances, certaines en lien direct avec la forêt, d’autres plus éloignées, dessinant ainsi un groupe de travail très varié. Pour les citer : l’Office National des Forêts, la Draaf Aura (Direction Régionale de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Forêt Auvergne-Rhône-Alpes, le CNPF (Centre National de la Propriété Forestière, la Fédération Nationale du Bois, Fibre Excellence (holding de sociétés en lien avec l’industrie papetière et l’exploitation forestière, le Forespir (groupement franco-espagnol-andorran dont l’objectif est de contribuer au maintien et au développement des fonctions économiques, écologiques et sociales des forêts pyrénéennes, l’Union Coopération Forestière Française, la FNCOFOR (Fédération Nationale des Communes Forestières. Mais aussi les plates-formes Crige Paca (Centre Régional de l’Information Géographique) et Gip ATGeRi (Groupement d’Intérêt Public Aménagement du Territoire et Gestion des Risques), les sociétés de transport de bois Basto & Fils, Daude Transports et Rochatte , la Fédération Nationale des Transports Routiers, l’Union Nationale des Organisations Syndicales des Transporteurs Routiers Automobiles.

Vers une application mobile
Toutes les informations seront saisies selon un modèle de données défini dans le cadre d’un groupe de travail national, placé sous l’égide du CNIG (Conseil National de l’Information Géographique). Ce standard prévoit, par exemple, la possibilité d’indiquer le nom des pistes forestières ; la nature du revêtement des pistes (bitume, terre, terrain empierré, etc.) ; les ouvrages d’art en renseignant notamment le nom de leur gestionnaire, les points de contraintes ; des équipements, tels que les aires de retournement et celles de dépôt de bois. De quoi, a priori, s’affranchir des opérations de reconnaissance sur le terrain parfois nécessaires avant un transport ! À terme, ce projet pourrait déboucher sur une application mobile fonctionnant en mode déconnecté, afin de développer un calcul d’itinéraires spécifiques au transport de bois, mais aussi une synergie avec les régions qui le souhaitent autour de la desserte forestière (relevés de terrain pour alimenter la base ou mise en place de procédures d’échanges de données). Work in progress…

Carte d’avancement de la numérisation des itinéraires des bois ronds (extraite du Comité de pilotage n° 3 du 2 avril 2019). Doc. : FCBA/C. Périnot
Photo : FCBA/C. Périnot
Transport de bois et exemples de diversité des pistes. Photo : FCBA/C. Périnot