eMobois : un programme pertinent et perfectible

Faciliter les échanges d’informations dématérialisés et optimiser la transparence et la traçabilité dans la chaîne d’approvisionnement du bois via un langage informatique commun à toutes les entreprises de la filière. C’est l’objectif d’eMobois soutenu par France Bois Forêt et lancé en 2012. Le retour d’expérience demandé par FBF révèle que le programme n’a pas tenu toutes ses promesses, mais il reste d’actualité.

Plateforme d’échanges sécurisée et confidentielle entre les entreprises de la filière bois, eMobois offre un bilan mitigé après sa mise en route effective, sans remettre toutefois en cause sa pertinence. C’est ce qui ressort de l’évaluation comman­dée par France Bois Forêt à la société SalvaTerra*. « Le processus de modernisation, de dématérialisation, de numérisation répond à un réel besoin ; aucun professionnel ne le conteste, ni même ceux qui n’utilisent pas eMobois », souligne Anis Chakib, expert chez SalvaTerra. Globalement, la plateforme fonctionne bien et emporte l’adhésion de plusieurs scieries et fournisseurs de bois de grande taille.
Autre signal positif, l’intégration d’eMobois au projet « Chaîne numérique » (voir encadré) atteste de l’intérêt porté par divers professionnels de la filière dans l’ensemble du territoire, et devrait contrebalancer la baisse du nombre d’utilisateurs fin 2018 – 18 quand l’objectif initial était une cinquantaine.

Atteindre les petites entreprises
Pour autant, certains freins empêchent le plein déploiement de la plateforme qui ne peut, en l’état, rassembler l’ensemble des opérateurs de la filière forêt-bois nationale. Le premier d’entre eux est contextuel :
« La filière compte un grand nombre de très petites scieries et entreprises, faiblement pourvues en capitaux et en équipements informatiques », souligne Anis Chakib. Traduction : la mise en conformité de leur système informatique avec le module intégré EDI (Échange de Données Informatisées) s’avère difficile, voire impossible en termes de coût financier, de temps et de compétences. Sans compter l’âge de certains chefs d’entreprise que la dématérialisation peut rebuter et une forme de conservatisme chez certains opérateurs. Selon SalvaTerra, les petites entreprises adhèrent, pour l’instant, à la demande d’une structure plus importante, les gros scieurs notamment. « Elles n’ont pas le choix si elles veulent continuer de fournir la scierie. »
Autre frein : la structure même du comité de pilotage qui est restée trop circonscrite au nord-est de la France. « Le Copil peine à s’étendre à d’autres régions. Nous préconisons son ouverture pour pallier l’insuffisance de représentation, ainsi que l’intégration de nouveaux opérateurs, éditeurs d’applications « métier », etc., pour favoriser l’interopérabilité des données… Si nous voulons atteindre les petites entreprises, il faut développer des solutions métiers, telles que des petits logiciels sur tablette ou smartphone connectés à eMobois, qu’elles pourront s’approprier. »
Les recommandations de SalvaTerra : réaliser un diagnostic approfondi pour redéfinir le cadre et les objectifs du programme, établir une vraie feuille de route – utilisateurs potentiels, besoins exprimés… « Pour véritablement pénétrer le marché et devenir un langage commun, eMobois doit se donner les moyens de ses ambitions », insiste l’expert. Notamment en repensant la stratégie commerciale, de communication et le dispositif humain. « Mais cela demande du budget. Et aussi une approche de contacts : les pro­fessionnels de la filière forêt-bois sont plus sensibles à une poignée de main qu’à des bulletins d’information Internet… »

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* Bureau d’études spécialisé en environnement, agriculture, forêt et développement rural (salvaterra.fr).

Charte eMobois
Le 19 avril 2017, le conseil d’administration de FBF a adopté à l’unanimité la Charte eMobois, qui vise à soutenir le développement de la phase opérationnelle dans l’ensemble du territoire.

Pour en savoir plus
fcba.fr
fnbois.com
fnedt.org
gcf-coop.fr
codefa-bois.fr
 

« Chaîne numérique »
Financé en partie par France Bois Forêt, le programme « Chaîne numérique d’informations au service de la compétitivité des entreprises » est piloté par le Codefa (Comité de Développement Forêt-Bois Aquitaine) avec la participation de FCBA (Institut technologique Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement) et du GIP ATGeRI (Groupement d’Intérêt Public Aménagement du Territoire et Gestion des Risques). Il vise l’optimisation des flux d’informations dans tous les maillons des chaînes d’approvisionnement de la filière forêt-bois (en amont, pendant et en aval d’un chantier). Son périmètre est la Nouvelle-Aquitaine.