Stéphane Marie : « Le jardin est devenu un endroit où s’organise la nature »

« Silence, ça pousse ! est née d’une envie très ancienne. Et vingt ans après, la passion est restée intacte. » Le présentateur Stéphane Marie nous raconte cette émission de France 5, qui fleure bon la nature et s’invite en forêt.

Comment expliquez-vous le succès de Silence, ça pousse ! ?
Nous avons senti la manière dont le jardin, ou plutôt l’envie de jardin, évoluait. L’émission, de 14 minutes dans un premier temps, est passée à 52 minutes en quinze ans. Ce qui nous a laissé le temps d’apprendre à grandir. Au départ, sur un concept pratique, nous avons peu à peu passé les portes du jardin et embrassé d’autres sujets plus sociétaux. Grandir, c’est aussi acquérir une pertinence sur un sujet. Tout cela fait que Silence ça pousse ! aujourd’hui 20 ans…

Quelle place accordez-vous aux arbres dans votre jardin ? Quelle est votre essence préférée ?
En 1991, mon jardin* était petit, de 500m2 ; j’y ai planté des annuelles, des vivaces, puis des arbustes. Les arbres sont arrivés plus tard, il y a une dizaine d’années. Il faut savoir quelle place on peut leur donner ; les planter sans réflexion, c’est courir le risque de devoir les abattre quinze ans après, c’est absurde !
Mon préféré, c’est le hêtre. Il est beau et intéressant aussi. C’est un colonisateur, il va étouffer les autres, prendre le pouvoir, se servir des grands pour croître. Mais il est également vulnérable.

*Situé à Saint-Pierre-d’Arthéglise, dans le bocage du Cotentin, en Normandie (voir calendrier des visites sur otcdi.com) 

Quel est votre rapport à la forêt et a-t-il évolué ?
Ma région natale, le Cotentin, est très peu boisée. J’allais davantage dans les champs. Je n’ai pas cette culture de la forêt comme certains de mes amis qui ont grandi à proximité. Je n’y ai pas de repères et m’y sens tout petit… Cela dit, ma relation avec les arbres est assez paysanne : je trouve qu’il n’y en a pas assez ici, les haies sont beaucoup exploitées. En fait les usages du bois me sont plus familiers que la forêt elle-meêm ; d’ailleurs, ma maison est en partie en bois.

Et vos téléspectateurs, leurs attentes ont-elles changé ?
Les années 1990 ont été marquées par le grand retour du jardin d’ornement très influencé par la Grande-Bretagne et le boum des jardineries, tandis que le potager familial de l’après-guerre perdait peu à peu en influence. Dix ans plus tard, une bascule s’est produite, le jardin est devenu un endroit où s’organise la nature, où l’on peut s’interroger sur la biodiversité, la place de la faune… Il change de physionomie, et les pesticides vont peu à peu disparaître. C’est une métamorphose phénoménale ! Pour couronner le tout, il y a une vraie prise de conscience chez les jeunes qui veulent retrouver les saveurs, transmettre à leurs enfants… Je redoutais qu’avec le temps, la moyenne d’âge des téléspectateurs augmente. Et bien, pas du tout  C’est même le contraire, selon les horaires !
Quant à leur regard sur la forêt… Lors des tournages, des arbres étaient parfois abattus avec des machines bruyantes, brutales. je redoutais les réactions, mais ce ne fut pas le cas. Je voudrais ajouter une chose essentielle. La gestion de la forêt est en général durable, sans pesticides ni engrais. Donc là où il y a forêt, les nappes phréatiques sont ménagées. Ceux qui s’émeuvent d’un arbre qui tombe devraient aussi considérer que la gestion des forêts est une façon de protéger l’eau de demain. Certaines choses me hérissent, comme forer à 65 mètres pour arroser des champs de maïs… c’est affligeant.

Les « Ambassadrices » de France Bois Forêt vous ont-elles, révélé des faces cachées de la forêt, tant dans on exploitation que dans les usages du bois ?
J’ai beaucoup aimé cette immersion dans les métiers de la forêt. Ce fut l’occasion de découvrir la sylviculture sous toutes ses facettes, car la forêt est un lieu un peu inconnu sous cet angle…
Et puis ces ambassadrices sont des personnalités attachantes. Pratiquement toutes issues de ce milieu, elles ont un véritable amour des arbres, ainsi qu’un savoir-faire ! C’est intéressant de voir quelles connaissances et quels talents ces métiers convoquent en effet. Bien exercés, ils honorent le bois. Notre rôle est d’enrichir la perception que l’on a d’un métier pour distancier la vision un peu caricaturale que l’on pourrait avoir.

Les changements climatiques et les enjeux qui en découlent ont-ils modifié les comportements ?
Le réchauffement climatique a révélé la fragilité de la nature. Imperceptiblement, les jardiniers ont modifié leur comportement dans leur espace propre. C’est l’ « effet colibri » : chacun, dans son petit endroit, essaie de jouer son rôle.

Au-delà de la rencontre avec un public qui partage votre passion, pensez-vous être un passeur de bonnes pratiques ?
Je l’espère, sinon, j’arrête tout de suite ! La meilleure manière d’être passeur, c’est d’être passionné. Et je crois que je le suis encore.