Du CLT en chêne de Bourgogne

En septembre 2015 était lancé, avec la participation de France Bois Forêt, de la DHUP et du Codifab, un appel à manifestation d’intérêt (AMI) visant à faire émerger des solutions innovantes en bois feuillus locaux pour la construction. Basée sur la production de panneaux de bois lamellés-croisés en chêne, l’initiative proposée par l’association Bois Croisés de Bourgogne a été retenue. Présentation

La France possède le premier patrimoine forestier de l’Union européenne en matière de bois feuillus, et la surface sur pied ne cesse de progresser (67 % de la superficie forestière de la France métropolitaine, soit 9,9 millions d’hectares). Or la récolte de bois d’œuvre feuillus diminue et ces essences sont de moins en moins utilisées. Souhai­tant valoriser cette ressource importante à l’échelle nationale, l’État, via la DHUP (Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages), et les professionnels de la filière, via le Codifab (Comité professionnel de développement des industries françaises de l’ameublement et du bois) et France Bois Forêt, ont lancé une initiative commune : l’AMI Feuillus. Cet appel à manifestation d’intérêt proposait de soutenir des initiatives ayant pour ambition la création de débouchés pour les feuillus dans la construction et l’aménagement intérieur, le développement de l’économie locale, la valorisation d’une ressource renouvelable et locale, contribuant à la réduction de l’empreinte environnementale du bâtiment.
Entreprises de 1re et de 2e transformation, industriels, constructeurs bois, interpro­fessions régionales, etc., ont répondu. Sur les 25 dossiers reçus en janvier 2016, cinq projets portés par cinq sociétés ont été sélectionnés et, parmi eux, celui de Bois Croisés de Bourgogne (BCB). Créée en 2012, l’association Bois Croisés de Bourgogne (BCB) regroupe une quinzaine d’entreprises régionales intéressées par l’implantation en Bourgogne d’une unité de production de panneaux CLT* en chêne de qualité secondaire pour la construction (murs, planchers). Cette qualité, en raison de l’importance des nœuds, trouve en effet peu de débouchés. Avec le soutien de ses partenaires, l’association a entrepris plusieurs études destinées à caractériser ce panneau CLT chêne pour qu’il puisse être utilisé dans différentes mises en œuvre et recevoir des avis techniques. Il s’agissait également de valider des coûts de fabrication au regard d’autres produits en résineux et d’étudier la pertinence et l’opportunité de créer une unité de production.


Pour en savoir plus :

forum-boisconstruction.com
codifab.fr
• DHUP : urbanisme-bati-biodiversite.fr

Réf. FBF : 16RD640 Budget FBF : 38 k€

Réhabilitation intérieure de deux bâtiments du lycée Camille-du-Gast, à Chalon-sur-Saône (71) avec du CLT en chêne de Bourgogne.

Lever les verrous
Dans le cadre de l’AMI, BCB a d’abord cherché à étudier et à développer des solutions de contrôle des performances mécaniques de panneaux CLT de chêne en vue d’engager une procédure de dépôt d’un dossier de demande d’ATec ou d’ATEx**. Une méthode de classement mécanique des sciages de chêne était en effet nécessaire ; si le classement visuel est très défavorable à l’essence, le classement machine a permis de montrer que des pièces de bois de chêne présentant d’important défauts visuels (nœuds, pentes de fil…) affichent malgré tout de bonnes, voire de très bonnes caractéristiques mécaniques.
Côté réglementation, plusieurs freins préalables au dépôt d’une demande d’avis technique devaient être levés : contrôle de la résistance mécanique des lamelles aboutées en chêne, étude de la résistance des aboutages en fonction de l’emplacement des entures (la résistance d’un aboutage dépend de la géométrie des entures), étude du protocole de contrôle des joints de collage…

Des résultats satisfaisants
Les travaux ont pour le moment permis d’apporter des éléments de réponse aux deux premiers verrous réglementaires que sont le contrôle mécanique des propriétés des lamelles aboutées et l’étude des paramètres d’aboutage du chêne pour un usage structurel. Quant aux propriétés des joints de collage des plis du CLT, l’approche par des essais de cisaillement*** donne de très bons résultats qui devront être confirmés par les essais de délamination (propriété à se cisailler dans son épaisseur longitudinalement), qui devraient devenir obligatoires dans les normes à venir. À noter que BCB a pu réaliser un important chantier test en fournissant des panneaux pour la réhabilitation des ateliers d’un lycée à Chalon-sur-Saône (71). Cette réalisation a permis de valider la faisabilité technique de ces panneaux ainsi que le procédé de fabrication.

* Les Cross Laminated Timber (CLT) ou panneaux de bois lamellé-croisé sont constitués de couches de planches de bois d’œuvre empilées perpendiculairement après avoir été séchées. Ces panneaux sont habituellement fabriqués à partir de 3 à 7 couches (ou plus). Le procédé de lamelles croisées confère aux panneaux une excellente stabilité dimensionnelle ainsi qu‘un niveau élevé de rigidité et de résistance.
** Procédure rapide d’évaluation technique formulée par un groupe d’experts sur tout produit, procédé ou équipement ne faisant pas encore l’objet d’un avis technique et dont la mise au point nécessite une utilisation expérimentale sur un ou plusieurs chantiers.
*** Contrainte mécanique appliquée de manière parallèle ou tangentielle à une face d’un matériau, par opposition aux contraintes normales qui sont appliquées de manière perpendiculaire.