Le hêtre en structure

À Xertigny (88), l’aménagement touristique et économique du plan d’eau est une belle vitrine de l’usage du hêtre en structure.
Photo : J-F Hamard

Très apprécié pour l’aménagement intérieur et l’ameublement, le hêtre a aussi sa place en structure. À condition de qualifier l’essence pour ce type d’emploi. C’est désormais chose faite grâce à l’étude réalisée par FCBA et soutenue par France Bois Forêt.
Si, depuis vingt ans, la production de sciages feuillus a fortement diminué en France, on redécouvre aujourd’hui l’immense potentiel de ces essences dans la construction, et plus particulièrement en structure. On voit d’ailleurs se développer différentes solutions à base de feuillus sous forme de bois massifs et/ou de bois reconstitués. Mais la conception de structures, parfois très techniques, nécessite des bois qui répondent aux classements mécaniques de l’Eurocode 5. Le chêne, le châtaignier, très durables en extérieur, le peuplier, le hêtre, après traitement, conviennent à ce type d’usages, mais leur caractérisation est indispensable pour pouvoir répondre aux exigences de la construction.
Pavillon d’accueil Les Woodies à Xertigny (88). Charpente de lamellé-collé en hêtre.
Photo : Nicolas Waltefaugle

Une essence prometteuse
En France, les peuplements dans lesquels le hêtre est l’essence principale couvrent 1,4 million d’hectares, toutes propriétés confondues (IFN, 2013). Il s’agit de la deuxième essence française par la surface occupée, après les chênes. Les caractéristiques essentielles du hêtre sont sa dureté et sa facilité d’imprégnation. C’est un bois clair, facile à teinter, qui se prête bien au collage et est facile à usiner (tournage, cintrage). Ses qualités en ont fait un bois recherché pour l’agencement intérieur et l’ameublement, mais ces secteurs ont sérieusement décliné pendant ces trente dernières années. Le marché de la construction pourrait constituer à l’avenir une alternative importante pour le hêtre. « Les produits à base de bois massif reconstitué permettent de gérer la nervosité du hêtre et de réduire le poids des pièces », explique Jean-Denis Lanvin, ingénieur chef de projet au Pôle Industrie Bois Construction de FCBA. Quelques initiatives récentes ont par ailleurs fait la preuve de l’intérêt de l’essence dans le bâtiment. Nous pouvons citer les exemples vosgiens de la commune de Tendon qui a fait construire un bâtiment péri­scolaire faisant largement appel au hêtre ou les projets de maisons à Xertigny.
Répartition des volumes sur pied par régions ; localisation de 21 parcelles échantillonnées.
Doc. : FCBA

Qualification nécessaire
BMR, CLT ou lamellé-collé, quelle que soit la solution technique retenue, le développement du hêtre dans les usages structurels nécessite comme préalable de qualifier l’essence dans ce type d’emploi. Cette démarche est indispensable pour ouvrir la possibilité du marquage CE obligatoire sur les sciages de structure depuis le 1er janvier 2012. C’est pourquoi FCBA a lancé, en 2011, une étude visant à qualifier le hêtre français ainsi que son collage structural, avec un financement de l’Interprofession nationale France Bois Forêt, du Codifab et du ministère en charge de l’Agriculture. « Cette étude visait à connaître les caractéristiques et les propriétés mécaniques du hêtre issu des forêts françaises, précise Jean-Denis Lanvin. Un échantillonnage d’une centaine d’arbres provenant des régions représentatives de la ressource a été constitué avec le soutien de l’ONF. Une fois sciés, ce sont près de 1 900 avivés qui ont fait l’objet de tests et d’analyses. »
 Bâtiment périscolaire à Tendon (88), construit à base de hêtre. Photo : Haha Atelier d’Architecture

Les essais destructifs ont démontré les excellentes qualités mécaniques du hêtre, notamment en ce qui concerne la contrainte à la rupture. Parallèlement, le classement visuel des avivés, basé sur la largeur des cernes, le diamètre des nœuds sur la face et sur la rive, ainsi que sur la pente de fil, a permis d’obtenir des règles de tri efficientes (classes de résistance D40 ou D35). L’étude a également mis en évidence que les machines de classement, conçues pour être utilisées avec des résineux, permettent d’améliorer sensiblement les résultats moyennant des réglages adéquats (classe D50). Les règles de tri par méthode visuelle vont être intégrées à la norme française NF B 52 001 (classement visuel des bois pour un usage en structure) en 2016, puis seront proposées pour une intégration à la norme européenne EN 1912. Cette étude soutenue en partie par France Bois Forêt, favorisant la levée de freins réglementaires et norma­tifs, permettra de développer de nouvelles solutions techniques avec le hêtre pour le marché de la construction.
Pour en savoir plus : fcba.fr

Ce panneau contre-croisé composite en hêtre permet la construction de bâtiments de grande hauteur.
Docs : Lineazen