Climat : le rôle de la forêt

La forêt française capte chaque année environ 12 % des émissions nationales de CO2.
Photo : CFBL

La fédération Forestiers privés de France et le CNPF-IDF ont développé conjointement depuis 2005 une expertise sur la séquestration de carbone par les forêts. Lancé fin 2012, le programme Carbofop, soutenu par France Bois Forêt, a permis la mise en place de plusieurs projets de compensation carbone.
La forêt française contribue à la lutte contre le changement climatique en séquestrant, lors de sa phase de croissance, le carbone atmosphérique. Mais pour jouer pleinement son rôle, elle doit rester en bonne santé et faire l’objet d’une gestion adaptée. C’est pour développer la thématique de la séquestration du carbone par les forêts privées que le programme Carbofop a été mis en place fin 2012 pour trois ans. Il visait trois grands objectifs : développer l’expertise carbone au sein de la forêt privée, proposer des projets carbone « prêts à l’emploi » aux forestiers privés, prospecter les acteurs clés du carbone forestier pour défendre le rôle et la place de la forêt privée.
Développer la récolte de bois participe à l’optimisation de la contribution
de la filière à l’atténuation du changement climatique.
Photo : CFBL

Mieux connaître l’impact de la forêt
La prise en compte de l’atténuation du changement climatique au sein de la gestion forestière suppose une bonne connaissance des leviers d’action dont dispose le forestier. Le programme Carbofop a ainsi permis de développer un outil essentiel pour réaliser les bilans carbone de territoires incluant la forêt : l’outil « empreinte carbone forestière nationale ». Ce dernier a été utilisé par plusieurs territoires parmi lesquels le pays de la Vallée de la Sarthe et le pays des Mauges. Grâce à ces premières expériences, le CNPF et la fédération Forestiers privés de France ont pu améliorer et consolider le dispositif. Parallèlement, une boîte à outils a été mise à disposition des techniciens et des propriétaires forestiers pour les aider à mesurer le carbone et à réaliser des comparaisons d’itinéraires sylvicoles. Le programme Carbofop a par ailleurs permis la mise au point de démarches «carbone +» sur différents types de forêts (taillis de châtaigniers, peuplements de résineux…) et sur des itinéraires sylvicoles variés. Le carbone forestier fait encore l’objet de nombreux programmes de recherche. L’implication des acteurs forestiers dans ces programmes est indispensable afin de mieux cibler les attentes du terrain, mais aussi pour transférer les résultats. Dans cette optique, la forêt privée a participé aux projet Gesfor et au projet ACV bois-énergie. Elle pilote également le projet Evafora qui vise à comparer le bilan carbone de différents modes de gestion en fonction des projections climatiques.
1 m3 de bois valorisé dans la filière construction génère 1 m3 de bois-énergie et permet de capter 2,75 t de CO2.
Photo : CFBL

Des projets « prêts à l’emploi »
Produire davantage de bois d’œuvre, c’est permettre un meilleur bilan carbone global : par la séquestration en forêt et par le stockage dans les produits bois. Ainsi, en 2015, le projet Référentiel national de certification carbone piloté par I4CE (Institute for Climate Economics) a été validé par le ministère de l’Environnement. Il vise à une labellisation des projets d’atténuation forestiers. De nombreux acteurs du carbone forestier ont été rencontrés dans le cadre du programme Carbofop. Des associations carbone ont ainsi été accompagnées dans plusieurs régions de France : Normandie, Aquitaine, Rhône-Alpes, Centre-Val de Loire… Le CNPF a par ailleurs participé à un programme de valorisation du carbone forestier mené dans le Massif central avec le GIP Massif central et la société EcoAct. De nombreux autres projets carbone ont été lancés un peu partout en France avec des entreprises ou des associations. Enfin, pour permettre la diffusion des informations et les échanges entre régions, un réseau de correspondants carbone du CNPF a été créé. En trois ans, le programme Carbofop a permis de monter en compétences sur la thématique du carbone forestier, de former en interne les équipes techniques du CNPF et de mettre en place des projets carbone innovants. La dynamique est donc lancée.
Pour en savoir plus :
foretpriveefrancaise.com
cnpf.fr
 
Triple effet
La forêt française capte, chaque année, environ 12 % des émissions nationales de CO2, principal gaz à effet de serre et responsable majeur du réchauffement climatique. Selon Jean-Luc Peyron, directeur du GIP Ecofor, « ce pourcentage monte à 20 % si l’on intègre dans les hypothèses de calcul une vision dynamique avec les émissions de CO2 évitées par l’utilisation du matériau bois en lieu et place de matériaux consommateurs d’énergies fossiles* ». Mais la contribution de la forêt à l’atténuation du changement climatique ne s’arrête pas là : « Considérer le carbone forestier par le seul prisme de la séquestration de CO2 est bien trop réducteur, poursuit Jean-Luc Peyron. Il faut impérativement prendre en compte l’ensemble de la filière forêt-bois si l’on veut avoir une vision plus juste de l’impact sur le climat. » À la séquestration s’ajoutent donc le stockage et la substitution, deux autres effets indiscutables de la forêt sur le climat.
La séquestration en forêt
Par le mécanisme naturel de la photo­synthèse, la forêt capte le CO2 de l’atmo­sphère et le séquestre dans différents « compartiments » : feuilles, branches, troncs, racines ainsi que dans le sol de façon importante.
La prolongation du stockage dans les produits bois
Lors de l’exploitation des arbres, une partie du carbone reste stockée au sein des éléments produits. Cet effet dépend directement de la qualité des bois issus de la sylviculture : le stockage est prolongé de quelques mois pour les usages énergie ou papier et, parfois, jusqu’à cent ans pour le bois de construction.
Les effets de substitution énergie et matériau
La substitution énergie : issu des forêts gérées durablement, le bois a un bilan carbone neutre et son utilisation en tant qu’énergie permet d’éviter des émissions de carbone fossile non renouvelable, comme le charbon, le fioul ou le gaz naturel. La substitution concerne aussi les émissions évitées par l’usage du bois à la place de matériaux énergivores, des matériaux dont la production et la transformation sont fortement émettrices de carbone. Enfin, l’utilisation du bois en cascade, c’est-à-dire avec une première valorisation le plus « noble » possible, puis recyclé pour un autre usage (panneau de particules, par exemple) ou valorisé comme énergie, permet d’optimiser le bilan carbone en cumulant les effets de substitution.