Assurer l’avenir du peuplier

Les nouveaux terrains de tennis de Grenoble (38), réalisés par le cabinet R2K Architectes, font la part belle au peuplier.
Photo : R2K Architectes

En France, le peuplier est la deuxième essence feuillue récoltée après le chêne. Pourtant, ce bois est menacé de pénurie. C’est pourquoi les professionnels de la filière se mobilisent, avec l’aide de France Bois Forêt, pour garantir la ressource.
Matière première renouvelable, le peuplier est un arbre à croissance rapide, fournissant une ressource bois rapidement mobilisable. Par leur système racinaire, les peupliers ont par ailleurs prouvé leurs capacités à lutter contre les pollutions diffuses des sols. Implantée au cœur du milieu rural, la filière populicole transforme le bois près du lieu de production de la matière première, faisant du peuplier un créateur d’emplois de proximité et non délocalisables. Grâce à ses caractéristiques particulières qui se prêtent bien à la transformation et à la commercialisation, le bois de peuplier est un matériau polyvalent employé dans de nombreux secteurs d’activité. Il est notamment très utilisé pour la fabrication d’emballages légers et de contreplaqués. De plus, contrairement aux idées reçues, l’essence est tout à fait adaptée à un usage dans la construction. Cependant, malgré ces nombreux atouts, le peuplier risque de manquer dans le futur. Depuis une vingtaine d’années et pour différentes raisons (structurelles, réglementaires et socio-économiques), le rythme des replantations est passé de 2,3 millions de plants par an au début des années 1990 à moins de 600 000 en 2013. Sachant que, en moyenne, un plant produira un mètre cube sur 18 ans, le rythme de replantation est devenu très insuffisant pour assurer l’approvisionnement futur des industries de transformation.
L’industrie de l’emballage léger valorise environ 630 000 m3 de bois de peuplier par an.
Photo : Bois Diffusion

Vers une pénurie ?
Malgré une offre de bois qui reste encore supérieure à la demande, les premiers signes de tensions sur les approvisionnements dans certains bassins se font déjà sentir. Ils sont liés à une moins bonne disponibilité qualitative et quantitative en grumes dans les bassins proches des industries, à un flux de grumes vers l’export (Italie, Espagne), et au grand export (principalement Asie du Sud-Est, Inde). De plus, suite à des investissements récents, la demande en peuplier des industries françaises du contreplaqué devrait augmenter significativement dès les deux prochaines années. Face à ces évolutions, il devenait indispensable de disposer d’éléments précis sur l’état de la ressource actuelle et future, afin de permettre aux entreprises (et plus généralement à la filière peuplier) d’anticiper pour mieux affronter la période de manque de bois qui se profile. C’est l’objet de l’étude initiée par l’Union des industries du panneau contreplaqué (UIPC), réalisée par le Conseil national du peuplier (CNP) et financée par le Codifab. Pour la première fois, les entreprises disposent, à travers cette étude, d’éléments fiables sur la ressource en peuplier et son évolution. « Face à la pénurie annoncée, il est essentiel pour nous de disposer de nouveaux éléments pour mieux faire face aux prochaines difficultés d’approvisionnement », déclare Bernard Mourlan, président de la Chambre du Peuplier.
Un hectare de peupliers capte 8 tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent de ce que rejette une voiture diesel pour parcourir 50 000 km.
Photo : Roxane Asselin/Atlanbois

Une charte efficace
Pour tenter d’améliorer le rythme de replantation, l’ensemble des professionnels de la filière peuplier de sept régions de l’ouest de la France, en concertation avec les propriétaires forestiers, est mobilisé depuis 2011. De leur initiative commune est née la Charte nationale « Merci le Peuplier » (mercilepeuplier.org), mise en place et animée par le Conseil national du peuplier et soutenue par France Bois Forêt, charte qui a été étendue en avril 2014 à tout le territoire français. L’opération est destinée à relancer les reboisements de peupliers en rapprochant les maillons de la filière et en incitant financièrement les propriétaires de peupliers à reboiser après récolte. Concrètement, les entreprises proposent aux propriétaires, au moment où ils achètent le bois, de signer une convention : le propriétaire s’engage à reboiser, et une fois la replantation réalisée, l’acheteur du bois lui remettra 2,50 € par tige replantée, ce qui représente près de 500 €/ha. Les industriels, à travers cette charte, ont déjà participé au financement de 165 000 plants sur près de 1 000 ha. Et le mouvement devrait vite s’accélérer, comme l’explique Gabriel Chazallon, président du CNP : « On devrait bientôt ressentir le plein effet de l’adhésion en 2016, première année pleine de l’adhésion des industriels de la nouvelle région Aquitaine, première région populicole. »
Des produits plus techniques
Autre dossier essentiel pour l’avenir de la filière populicole, celui de la recherche. Si l’on connaît bien la ressource dans sa globalité, il est nécessaire d’avoir une image plus précise de l’état des peupleraies françaises. C’est l’objet d’une étude qui serait confiée au laboratoire toulousain Dynafor, lequel, grâce à un savant calcul d’algorithmes, permettra de classer les peupleraies par tranches d’âges. « On pourra, par exemple, mieux connaître les variétés plantées il y a quelques années, donc, selon les résultats, adapter les actions à entreprendre », précise Gabriel Chazallon. Pour développer l’usage du peuplier dans la construction, et en structure plus particulièrement, il est indispensable de lever les freins réglementaires. Un projet d’étude, avec, pour partenaire technique, FCBA et demandes de soutien déposées auprès de France Bois Forêt, du ministère de l’Agriculture et de sept régions, a pour objectif de permettre un classement mécanique du peuplier selon les normes en vigueur pour un usage en structure : « C’est la porte ouverte au développement de produits plus techniques à base de bois reconstitués qui permettent en outre de valoriser l’ensemble de l’arbre », ajoute Bernard Mourlan. Aujourd’hui en cours, le plan de financement de l’étude devrait aboutir d’ici à la fin de cette année pour un démarrage des travaux début 2017.
Pour en savoir plus :
peupliersdefrance.org
emballage-leger-bois.fr