Resofop 2018 : focus sur le changement climatique

Pas moins de 960 propriétaires forestiers privés de la France métropolitaine ont été interrogés dans le cadre de l’enquête Resofop, Réseau d’Observation de la Forêt Privée mis en place en 2009 dans le cadre de l’Observatoire économique de France Bois Forêt. Thème du millésime 2018 : la prise en compte des changements climatiques dans la gestion forestière des propriétaires privés.

« Avant qu’un arbre soit mis en vente, il y a tout un processus comportemental, toute une chaîne de décisions, qui appartient aux propriétaires forestiers privés. Resofop nous permet d’interroger régulièrement cette population pour comprendre leurs attentes et leurs choix, cerner les facteurs qui vont influer sur leur gestion, etc., explique Éric Toppan, adjoint au directeur général de Fransylva-Forestiers Privés de France, qui supervise ce réseau au niveau de l’Observatoire économique de France Bois Forêt. Cette année, nous souhaitions faire un focus sur leur perception du changement climatique et sur la manière dont ils l’intégraient ou pas à leur gestion. »
L’échantillon est représentatif : ce sont des propriétaires de plus de 4 ha (surfaces réparties en deux catégories, voir encadré p. 22), couvrant huit interrégions françaises.
Soutenu par France Bois Forêt, le Réseau d’Observation de la Forêt Privée a été créé par la Fédération des Forestiers Privés de France et le Centre National de la Propriété Forestière (CNPF). Avant même d’aborder le volet climat, il ressort que les propriétaires forestiers privés sont profondément attachés à leurs forêts. C’est, en effet, l’attachement affectif qui prévaut chez 85 % des interrogés.

Martelage de chênes en Normandie ©Philippe Gourmain

Les propriétaires très attachés à leurs forêts
« Pour faire un parallèle, il se rapproche de ce que l’on peut éprouver pour la vieille maison de famille, qui renferme des souvenirs, où il y a un vécu, mais qui représente aussi l’avenir, la passation entre générations, détaille Éric Toppan. La forêt, c’est pareil. Et même si elle a été achetée, elle est issue du travail des générations passées. Les chênes de 150 ans par exemple… Il y a une forte transmission de valeurs… »
Autres centres d’intérêt récurrents, l’espace de liberté et la préservation de la biodiversité pour 80 % des propriétaires. « Aujourd’hui, produire du bois est noble. C’est un matériau naturel, biosourcé, qui stocke le carbone… » Alors qu’ils soient châtelains, jeunes propriétaires, agriculteurs, simples employés, etc., et quel que soit leur niveau d’études, tous ont en commun la fierté de faire du bois et d’œuvrer pour l’environnement… La dimension économique et la constitution du patrimoine ne viennent qu’ensuite. Quant au territoire de chasse ou au régime fiscal, ce sont, selon l’enquête, des préoccupations tout à fait secondaires.
À noter : l’âge, le niveau de formation des propriétaires, mais aussi les surfaces des propriétés n’ont aucune incidence sur ces résultats.
Quant à la perception du changement climatique, elle est bel et bien réelle pour presque trois quarts des propriétaires interrogés. Et ce quelle que soit la surface de leur forêt. On retrouve globalement une certaine homogénéité des réponses entre les différentes régions, quoique un peu plus élevée en Nouvelle-Aquitaine et en Bourgogne-Franche-Comté. « Il y a quand même certaines réalités. La forêt est un indicateur très fort de ces bouleversements ; les dégâts constatés sont de plus en plus significatifs », souligne Éric Toppan. En revanche, ce ressenti varie en fonction de l’âge du répondant et du niveau de diplôme ; les plus jeunes et les plus diplômés y semblent nettement plus sensibles.

32 questions 

Le questionnaire d’enquête a été élaboré par Fransylva et le CNPF, avec le GIP Ecofor (Groupement d’Intérêt Public Ecofor), le RMT Aforce (Réseau Mixte Technologique pour l’Adaptation des Forêts aux Changements Climatiques) et le Credoc (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de Vie), ce dernier, spécialisé dans l’étude de la consommation des Français au sens large du terme, assure le suivi sur le terrain. Le document a été testé auprès de 17 propriétaires forestiers afin d’apporter les correctifs nécessaires en termes de formulation et de durée. LE fichier des propriétaires forestiers a, quant à lui, été établi sur la base des relevés cadastraux recensés comme étant fiables.

Proportion des propriétaires forestiers qui pensent que le climat est en train de changer, que ce changement dépend de l’action de l’homme, et que les dégâts sont visibles (par classe de surface). Source : enquête Maclif 2018, données Resofop redressées ; analyse : Julie Thomas 2018.

Peu de changement dans les pratiques sylvicoles
En outre, plus le propriétaire possède une classe de surface importante, plus celui-ci jugera élevé l’impact du changement climatique sur les bois, augmentant d’autant son sentiment d’inquiétude. Les plus inquiets considèrent à 80 % que les dégâts sont déjà observables ou le seront dans une décennie. À mettre en parallèle avec ceux qui restent sereins, alors qu’eux aussi ont remarqué les effets négatifs. Pour autant, 70 % n’envisagent pas de modifier leurs pratiques sylvicoles. À noter également : le changement de pratiques, depuis plus de cinq ans ou dans les cinq dernières années, est proportionnel à la surface possédée. Autre différence significative : Bourgogne-Franche-Comté et Hauts-de-France-Normandie sont les deux interrégions à avoir majoritairement modifié leur mode de gestion.
« Globalement, les propriétaires forestiers prennent le temps de la réflexion avant de prendre des décisions. Ils restent dans la continuité de leur mode de gestion pour les deux tiers ; certains envisagent des expérimentations et des modifications (10 à 15 %). Et ce quel que soit le profil. C’est le cheminement d’une réflexion et d’une observation. Par le passé, on a cru que la science nous permettait d’aller au-delà. Aujourd’hui, il faut écouter la nature et s’y adapter. Prendre contact auprès des gestionnaires des forêts, s’informer via les réseaux organisés, tels que les syndicats de forestiers, pour disposer des conseils nécessaires à la bonne gestion de sa parcelle et échanger entre professionnels », conclut Éric Toppan.

Les huit interrégions retenues : 

  • Auvergne- Rhône-Alpes
  • Corse- Provence- Alpes- Côte d’Azur- Occitanie
  • Bourgogne – Franche-Comté
  • Grand-Est
  • Bretagne – Pays de la Loire
  • Hauts-de-France- Normandie
  • Centre-Val de Loire- Île-de-France
  • Nouvelle-Aquitaine

Classes de surfaces

  • Première catégorie :
    – 4 à 10 hectares
    – 10 à 25 hectares
    – 25 à 100 hectares
  • Deuxième catégorie :
    – Entre 4 et 25 hectares
    – Plus de 25 hectares

Pour en savoir plus
cnpf.fr
observatoire.franceboisforet.fr