Discours de M. Jean CASTEX, Premier ministre, devant l’Assemblée nationale

Discours de M. Jean CASTEX, Premier ministre,
devant l’Assemblée nationale

Déclaration du Gouvernement relative à l’évolution de la situation sanitaire et aux mesures nécessaires pour y répondre
Jeudi 29 octobre 2020

 Monsieur le Président, 

Mesdames et Messieurs les députés, 

Jamais, depuis un siècle et les vagues épidémiques de la grippe espagnole, la France, l’Europe et le monde n’avaient été confrontés à une crise sanitaire aussi grave et aussi dévastatrice que celle que nous traversons depuis près de dix mois désormais. 

Hier soir, le Président de la République s’est exprimé devant la Nation pour annoncer aux Français les mesures rendues nécessaires par les circonstances présentes. Aujourd’hui, il m’appartient, dans le cadre fixé par l’article 50-1 de la Constitution, de préciser devant vous, tout à la fois les raisons et les modalités de ces nouvelles mesures de lutte contre la pandémie, d’en débattre et de vous demander de vous prononcer. 

Je veux d’abord dire à la Représentation nationale que j’ai parfaitement conscience que les efforts et les sacrifices qui sont, à nouveau, demandés au pays tout entier vont peser sur la vie de chacune et chacun d’entre nous. 

Depuis six mois, le Gouvernement qui m’a précédé comme le mien, ont tout fait pour ralentir la circulation du virus et protéger la santé des Françaises et des Français. Mais ce virus, convenons-en tous ensemble, doit appeler chacune et chacun à la plus grande humilité. Le caractère totalement inédit de cette crise et les difficultés à y faire face tiennent en effet d’abord à ce que ce virus n’existait pas il y a encore un an et reste toujours imprévisible.

Certes nous savions, ici comme ailleurs, qu’une deuxième vague était possible, voire probable. Et nous l’avions anticipée. Mais le fait est qu’aucun pays, n’avait prévu qu’elle s’accélérerait de manière à la fois aussi soudaine et aussi brutale. Nous y sommes. 

La France, à l’instar de ses voisins, a déconfiné de manière progressive et territorialisée à partir du 11 mai. Dès que des signes de reprises épidémiques se sont manifestés, cet été, elle a adopté, également à l’instar de ses voisins, une réponse également progressive et territorialisée. 

Dès ma prise de fonctions, j’ai édicté trois décrets rendant le port du masque obligatoire, dans l’espace public, dans les commerces, dans les entreprises. Je n’ai cessé d’appeler à la vigilance, déclarant à plusieurs reprises que le virus n’avait pas pris de vacances. Début août, j’ai invité tous les présidents de grandes métropoles à adopter des plans d’information et de communication, notamment en direction des publics les plus vulnérables. Dès juillet, nous avons préparé différents scénarii sanitaires pour une rentrée scolaire réussie. Et elle l’a globalement été. 

Nous avons couvert l’ensemble de nos activités professionnelles, sociales, culturelles ou sportives, de protocoles sanitaire stricts. Nous avons déployé, avec des difficultés logistiques réelles mais que nous avons surmontées, une politique de dépistage parmi les plus massives d’Europe : 1,8 million de tests cette semaine et 92 % de résultats rendus en moins de 48 heures. 

Lorsque la montée des taux d’incidence a commencé à se traduire par des hospitalisations, nous avons pris, dans les agglomérations concernées, des dispositions plus contraignantes : notamment la fermeture des bars et des restaurants puis, plus récemment, le couvre-feu. 

Ces mesures doivent respecter les exigences de l’État de droit, suivant lesquelles des dispositions privatives de liberté doivent être fondées sur des motifs sanitaires suffisamment avérés. Elles doivent également, pour être pleinement efficaces, recueillir l’acceptation des élus et de la population, et vous savez que tout cela n’a pas toujours été simple. Certains, qui nous disent aujourd’hui que nous aurions dû agir et plus fort ou que nous n’en faisons pas assez, prétendaient à l’époque que nous en faisions trop. 

Je veux, à ce stade de mon propos, saluer les élus locaux, avec lesquels je suis en relation permanente, pour leur grand sens des responsabilités. Dans la gestion de cette crise, le couple préfet-maire, dont je me suis depuis toujours fait l’ardent promoteur, fonctionne bien et je remercie également les régions et départements pour leur mobilisation constante. 

Mais cette stratégie se heurte aujourd’hui à l’emballement de l’épidémie qui frappe le continent européen et notre pays. Aucun pays d’Europe n’est épargné. Le nombre de nouveaux cas a été multiplié par 10 en l’espace de 18 jours en Italie. L’Allemagne a enregistré un triplement du nombre de cas en une semaine. La Suisse, pourtant relativement épargnée lors de la première vague, connaît actuellement une situation critique, proche de la saturation de ses capacités hospitalières. Et vous connaissez la situation, très préoccupante, de l’Espagne et de la Belgique. En France, chaque semaine, ce sont plus de 700 000 nouvelles personnes qui sont atteintes de la COVID-19, porteuses du virus et susceptibles de le transmettre. 

Si la mortalité affecte principalement des personnes très âgées, la maladie frappe toutes les générations avec des formes graves et des séquelles parfois lourdes et durables. 

Aujourd’hui, 60 % des lits de réanimation sont occupés par des patients COVID-19, soit deux fois plus qu’il y a quinze jours. Nous allons devoir gérer au mois de novembre un pic d’hospitalisations plus élevé qu’au mois d’avril dernier. 

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