Nématode du pin : vers une détection précoce

Soutenu grâce à la CVO, France Bois Forêt, par l’intermédiaire de sa Section spécialisée pin maritime (SSPM)1, cofinance le projet de détection du nématode du pin, débuté en 2018 par la Caisse Phyto Forêt2 et l’Institut technologique FCBA3. Projet qui vient d’avancer d’un cran significatif avec un outil de diagnostic précoce et fiable du ver microscopique. 

Mieux vaut prévenir que guérir. Un adage qui s’applique bien au projet de recherche sur la détection du nématode du pin. Actuellement, Bursaphelenchus xylophilus – nom scientifique de ce ver – n’est pas présent sur le territoire français, alors que le Portugal est infesté depuis 2008, et que l’Espagne fait état de quelques foyers. Originaire des États- Unis, il vit là-bas en parfaite symbiose4 avec les peuplements résineux, comme le pin Taeda, en raison d’une longue co-évolution. En revanche, cet organisme de quarantaine prioritaire5 est pathogène pour le pin maritime. D’où l’intérêt de ce programme d’expérimentation qui vise à mettre en place un service de diagnostic de première ligne afin d’identifier la présence de ce ver invasif dans des échantillons de matériel végétal : arbre sur pied ou fraîchement abattu, bois transformé de type palettes. « Il s’agit de nous doter, pour une efficacité maximale, d’un outil de détection précoce, simple à utiliser, fiable, accessible et garantissant une bonne traçabilité des échantillons. D’autant que le climat de type océanique des Landes de Gascogne (hivers doux, parfois pluvieux, et étés chauds, parfois pluvieux) est favorable au développement de ce ver ; que son vecteur, Monochamus galloprovincialis (insecte coléoptère), est présent sur le massif ; et, enfin, que nos essences y sont sensibles », explique Gaëlle Burlot, chargée de mission Ressource et Sanitaire à la Caisse Phyto Forêt.

Une lecture directe du résultat

La première phase du projet a consisté à étudier la méthodologie actuelle (mise en place par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail6, pour l’analyse, en France, des échantillons prélevés dans le cadre du plan de surveillance national), et à en envisager d’autres. Il s’agissait aussi de trouver des partenaires au Portugal, en Espagne ainsi qu’en Pologne, pour disposer d’échantillons nécessaires aux tests : « Nous ne pouvons pas travailler sur le nématode vivant puisqu’il n’est pas sur notre territoire », précise Gaëlle Burlot. Les expérimentations ont donc porté directement sur de l’ADN7 extrait, fourni par le laboratoire IPP-NRI (Pologne).

« La méthode Lamp8 utilisée autorise une lecture directe du résultat de l’analyse grâce à un changement de couleur des réactifs employés. » Un diagnostic visuel plus rapide que les deux à trois semaines nécessaires pour les résultats de l’électrophorèse9 pratiquée en laboratoire officiel, après séparation physique des nématodes du bois et détection de l’ADN par le procédé appelé PCR, pour Polymerase Chain Reaction : réaction de polymérisation en chaîne (technique d’amplification enzymatique permettant d’obtenir un grand nombre de copies identiques d’un fragment d’ADN). En outre, il autorise un premier tri entre prélèvements négatifs et positifs. Sachant que les échantillons positifs probables seront ensuite envoyés aux services pour des analyses plus poussées selon la méthode officielle utilisée depuis plus d’une dizaine d’années (méthode PCR avec capture des nématodes hors du bois).

L’Institut technologique FCBA a confirmé que la méthodologie fonctionne, mais l’homologation n’est pas encore à l’ordre du jour : pour le moment, le procédé ne distingue pas le nématode mort – et donc inoffensif – du vivant.

Kit portatif d’analyse

La présence d’ADN de nématode mort ou vivant est un signal et doit enclencher un processus d’alerte. « Pour les entreprises, c’est aussi la possibilité d’avoir un autocontrôle en entrée ou en sortie. » But prioritaire : cibler uniquement le nématode du pin et s’assurer que le test est bien négatif avec ses « cousins » – par exemple, Bursaphelenchus mucronatus – présents sur le massif, mais non pathogènes.

Reste à envisager la mise en place d’un kit portatif. « Nous réfléchissons à la manière de compacter toute cette étape de détection sous forme de kits plus facilement transportables. »

Un autre projet complémentaire, porté par Alliance Forêts Bois et financé également par France Bois Forêt (par l’intermédiaire de la SSPM), est la plantation au Portugal de variétés de pins présentes sur le massif de Gascogne, afin d’étudier leur comportement en zone infestée, de mesurer leur degré de sensibilité, d’identifier les individus plus résistants pour d’éventuels croisements. Objectif : obtenir ainsi des variétés plus tolérantes susceptibles de vivre avec le ver sur le massif.

Bursaphelenchus xylophilus, plus connu sous le nom de nématode du pin. ©LD Dwinell, USDA Forest Service, Bugwood.org
Prélèvements d’une carotte de bois par forage à la perceuse. ©Luc Harvengt/FCBA

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1 Créée en décembre 2016 par l’Interprofession nationale France Bois Forêt (FBF) et le Comité interprofessionnel du pin maritime (CIPM).
2 Caisse de prévoyance et de protection des forêts du Sud-Ouest, créée en 2013 par le Syndicat des sylviculteurs du Sud- Ouest. Voir La Lettre B n° 32, pages 28 et 29.
3 Institut technologique Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement
Association biologique, durable et réciproquement profitable, entre deux organismes vivants.
5 Mesures de surveillance du nématode du pin et programme des inspections décrits dans le Plan national d’intervention sanitaire d’urgence (PNISU) à voir sur le site de la Draaf Nouvelle-Aquitaine 
6 anses.fr/fr/content/le-nématode-du-pin
7 Acide désoxyribonucléique : macromolécule contenant l’information génétique.
Loop-mediated Isothermal Amplification : réaction chimique isotherme sur l’ADN.
9 Technique utilisée en biologie pour la séparation et la caractérisation d’espèces. 

Pour en savoir plus :

• maisondelaforet-sudouest.com
• fcba.fr
• agriculture.gouv.fr
• allianceforetsbois.fr
• usse-eu.org (Union des sylviculteurs du Sud de l’Europe) 

PROGRAMME
Réf. FBF : 19RD1059
Budget FBF : 20 k€