Le castor et le peuplier : vers une meilleure cohabitation

Favoriser une cohabitation équilibrée entre le castor et le peuplier : c’est la finalité de ce programme cofinancé par France Bois Forêt. Animé par le Conseil national du peuplier, le groupe de travail interrégional, Centre-Val de Loire et Pays de la Loire, réunit, entre autres, les filières forêt-bois et agricoles, l’Office français de la biodiversité (OFB), la Draaf1, la Dreal2, le DSF3… Pour une réflexion constructive.

« Le castor bénéficie d’un fort capital sympathie, davantage qu’un ver de terre », plaisante Emmanuel Naudin, animateur du groupe « Castor » et chargé de missions pour le Conseil national du peuplier (CNP). « Et les forestiers ont bien conscience de son impact positif sur la faune et la flore. » Cet animal « ingénieur-architecte » s’avère un activateur de biodiversité (création de lieux humides idéals pour poissons et batraciens, dissémination des saules…). Il modifie également les milieux occupés par l’homme, notamment les peupleraies, « et c’est là qu’il peut y avoir zone de frottement », précise Emmanuel Naudin. 

Réintroduit en France sur plusieurs fleuves, dont la Loire, le castor d’Europe, protégé depuis 1968, s’est très bien intégré. « On observe son retour notamment sur l’ensemble des affluents de la Loire », note Hervé Drouin, industriel du contreplaqué et de la caisserie en peuplier, membre de l’UIPC4. Et là est toute la problématique : le castor montre une appétence certaine pour les bois tendres comme… les peupliers5 ou les saules. Hors crue, son aire n’excède généralement pas 30 mètres au-delà des berges, ce qui peut, déjà, empiéter sur une zone populicole – trois ou quatre rangées d’arbres. « De plus, les barrages qu’il construit pour immerger l’entrée de son gîte entraînent une montée du niveau d’eau, ce qui crée de nouveaux milieux humides, mais peut aussi provoquer des inondations de parcelles (populicole ou agricole) – jusqu’à des surfaces de 40 hectares. Son territoire s’en trouve, de fait, agrandi », détaille Philippe Cado, président de l’Association peuplier du Centre-Val de Loire. Ainsi que son garde-manger ! 

Optimiser la collecte de données et la quantification 

L’objectif de ce programme financé par France Bois Forêt est d’étudier et de rassembler un maximum de données sur le comportement de ce rongeur afin de dégager, in fine, des pistes pour une meilleure cohabitation avec le populiculteur. 

Premier aboutissement : une vaste zone pilote définie dans les départements d’Indre-et-Loire et du Maine-et-Loire – elle devait être activée fin mars, mais la pandémie de Covid-19 en a décidé autrement –, et la constitution d’une nouvelle fiche descriptive. 

Concrètement, la procédure réglementaire reste inchangée en cas de signalement de dégâts : le populiculteur contacte la Direction départementale des territoires (DDT), qui relaie l’information à l’Office français de la biodiversité. Un correspondant du réseau Castor de l’OFB procède, sur place, à un relevé des dégâts et prodigue des mesures de protection. La nouveauté réside dans la fiche descriptive conçue pour ledit relevé sur cette zone pilote. « Ce nouveau document va améliorer la collecte d’informations et la quantification, indispensables pour réfléchir aux aspects cohabitation », précise Emmanuel Naudin. Entre autres données renseignées : présence ou non d’une ripisylve6, éléments descriptifs de la peupleraie, proportion d’arbres endommagés, circonférence écorcée… 

Hormis quelques signalements aux DDT ou retours par bouche-à-oreille, peu d’informations remontaient du terrain jusqu’à présent. Mais l’impact des dégâts sur la filière peuplier est réel : « Celle-ci peut perdre quinze à dix-huit ans de production, souligne Hervé Drouin. Car après plusieurs remplacements, les populiculteurs se découragent, et nombre d’arbres abîmés ou coupés ne sont pas replantés. » 

Le corollaire ? Une baisse de la ressource. La filière peuplier s’inscrit – rappelons-le – dans une démarche durable, avec une production et une transformation sur place. « Toute une économie locale en dépend », précise Hervé Drouin. Les plus pénalisées étant les entreprises de transformation, notamment pour l’emballage léger (cagettes, boîtes, bourriches… et de contreplaqué). « Ces usages très spécifiques du bois de peuplier en font un remarquable atout environnemental. Une raréfaction de cette matière première locale et renouvelable induirait son remplacement par des matériaux, tels que le plastique, plus polluants ou énergivores », précise Emmanuel Naudin. 

Sur la base des nouvelles informations de la fiche de relevé, le groupe de travail espère retirer des enseignements qui contribueront à trouver ensemble un équilibre entre ces deux écosystèmes, et surtout sans les opposer. « Chaque partie doit avancer en respectant le triptyque économie, social et environnement », conclut Philippe Cado. 

1 Direction régionale de l’alimenta-tion, de l’agriculture et de la forêt
Direction régionale de l’environ-nement, de l’aménagement et du logement
3 Département de la santé des forêts 4 Union des industries du panneau contreplaqué
5 Ne régulant pas sa transpiration, le peuplier, sans surconsommer, a besoin d’eau en permanence, d’où sa présence à proximité des cours d’eau.
Ensemble des formations boisées
(arbres, arbustes, buissons) se trou-vant aux abords d’un cours d’eau.

Quasiment disparu au début du 20e siècle, le castor a été réintroduit entre 1974 et 1996. On le retrouve aujourd’hui sur l’ensemble des affluents de la Loire, mais aussi sur le Rhône, le Rhin, la Moselle. ©Sylvain Richier/OFB
La populiculture est essentielle pour l’économie locale, notamment le secteur de l’emballage léger. ©France Bois Régions/France Bois Forêt/Plan Rapproché
Coupe de peuplier par un castor. ©Paul Hurel/OFB

Pour en savoir plus : 

Le peuplier en chiffres :
• Surface : 200 000 ha
• Âge d’exploitabilité : 18 ans environ
• Volume exploité : 1,4 million de mètres cubes
• Volume replanté : 900 000 plants/an en 2019
• Nombre de plants à l’hectare : entre 156 et 204 (moyenne nationale : 185)
• Principaux usages :69 % industries du déroulage (emballages, contreplaqué et déroulage) et 31 % sciage (palettes, caisserie et literie)

Les sites internet :
• peupliersdefrance.org
• ofb.gouv.fr
• uipc-contreplaque.fr 

PROGRAMME
Réf. FBF : 19RD928
Budget FBF : 15 k€