La filière au chevet de Notre-Dame de Paris

« Il est venu le temps des cathédrales… » Et aussi celui de la filière forêt-bois, désireuse de participer au projet de reconstruction de Notre-Dame. Les propriétaires privés et publics ont annoncé faire don des volumes de bois nécessaires, lesquels seront façonnés gracieusement par nos entreprises. Mais, là encore, il faut « se battre » pour imposer le bois.

Couper court aux idées reçues et autres inepties déversées ici et là quant à la disponibilité de la ressource forestière ou la faisabilité d’une charpente bois pour Notre-Dame-de-Paris. Telle fut la première « bataille » – quasi pédagogique – de France Bois Forêt. Alors, non, le bois dédié aux charpentes ne doit pas sécher plusieurs décennies avant d’être mis en œuvre ; non, il n’est point besoin d’utiliser des chênes de 200 ans… Pour preuve, les charpentes médiévales étaient construites avec du bois vert, et les pièces de sections étaient assez modestes (20/20 cm le plus souvent) ! En outre, la datation des bois (dendrochronologie) des édifices du bassin parisien indique que seul le chêne était utilisé à cette époque. Et non encore, nos chênaies ne risquent pas d’être saignées pour fournir les volumes requis. Dans une tribune du Figaro le 2 mai dernier, Philippe Gourmain, administrateur de FBF et coordonnateur avec Pierre Piveteau du projet France Bois Notre-Dame de Paris, remettait les pendules à l’heure avec ces quelques chiffres : pour les seuls chênes de plus de 50 cm de diamètre, c’est-à-dire ceux qui serviraient à réaliser les éléments de charpente, le stock est estimé à 250 millions de mètres cubes, soit 90 millions d’arbres environ – l’Hexagone est un des plus gros réservoirs du monde. « Les 1 500 ou 2 000 chênes qui seraient récoltés pour la reconstruction relèvent alors de l’anecdote ! En plus, ils sont certainement d’une qualité supérieure à ceux dont disposaient les bâtisseurs de cathédrales. Sans oublier que le bois est “imbattable sur le plan écologique !“ »

L'heure est à l'évaluation des dégâts et à la consolidation. ©GMH

Deux chiffres clés
Réplique de l’Hermione : 2 000 chênes
Reconstruction de la charpente de Notre-Dame de Paris : 1 200 chênes

Ressource, technique et protection incendie
Quant à l’appel au don de bois paru dans la presse, l’administrateur se réjouit : « C’est un projet généreux et spontané. Tous les propriétaires veulent contribuer. Il faut que toutes les régions de France y participent, et nous nous sommes mis d’accord pour faire un choix équitable entre forêt publique et forêt privée. Il y a une dimension éminemment politique. »
D’autant que la ressource et le savoir-faire technique sont au rendez-vous. Restait la question de la résistance au feu du matériau bois soulevée lors de la réunion qui s’est tenue au ministère de la Culture avec la cellule restreinte de FBF en charge du projet et les Monuments historiques. « Nous disposons aujourd’hui de nombreux moyens de prévention et de lutte contre l’incendie. Si nous devons mettre de la nouvelle technologie sur Notre-Dame, c’est bien à ce niveau-là qu’il faut l’envisager » : produits ignifuges pour atteindre le niveau M1 (bois ininflammable), aspirateurs de poussière, détecteur de fumées, caméras thermiques… La fiche rédigée démontre que le bois répond aux contraintes incendie et a donc permis au ministère « de valider la faisabilité de ce projet en chêne massif ».

Le candidat naturel
Il est à noter que le bois, moins conducteur que le béton ou l’acier, laisse aussi aux pompiers un temps d’intervention plus long si une malheureuse occasion se présentait. Autre argument plaidant en sa faveur, la rapidité : les dimensions des pièces de charpente et des 44 fermes* sont identifiées. « À partir de là, le bois est préparé en atelier, puis transporté sur site. Ensuite, c’est de type “Meccano“, ça va très vite. » Pour le démontrer, FBF pourrait – « si on nous le demande » – réaliser un ou deux prototypes de fermes sur la base des plans d’origine. « Cela pourrait intéresser le grand public et constituerait une belle vitrine pour les savoir-faire des artisans du patrimoine. » « Nous ne connaissons pas l’issue de notre démarche. » Mais, en attendant, chaque membre de la filière peut solliciter ses parlementaires locaux pour porter avec eux ce projet.

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* La ferme est un assemblage de pièces dans un plan vertical, formant l’ossature triangulée d’une charpente.