Regards croisés

Le livre blanc Les enjeux de la filière Forêt- Bois pour les élections nationales en 2017 est l’aboutissement d’un travail commun mené par deux organisations représentatives sur le plan national : France Bois Forêt, pour l’amont de la filière, et France Bois Industries Entreprises, pour l’aval. Interview de Cyril Le Picard, président de FBF, et de Dominique Weber, président de FBIE.
D’où vient l’idée du livre blanc ?

Cyril Le Picard, Président de l’interprofession nationale « France Bois Forêt ».

Cyril Le Picard – La filière forêt-bois a beaucoup évolué ces dernières années. Elle a pris conscience de son poids, et il était légitime qu’elle fasse partie des préoccupations des candidats aux futures élections. Pour cela, les messages devaient passer par une seule voix qui affirme haut et fort nos ambitions. C’est pourquoi nous avons souhaité travailler avec FBIE pour produire un document commun destiné à l’ensemble des protagonistes. Il s’agissait aussi de montrer aux différentes organisations professionnelles que la filière est unie, qu’elle a des objectifs précis, et qu’il est nécessaire de le faire savoir ensemble.
Dominique Weber – L’idée du livre blanc est inspirée de ce qui a été réalisé par une autre interprofession, le GFI (Groupe des Fédérations Industrielles), qui rassemble plusieurs organisations parmi lesquelles l’Union Nationale des Industries Françaises de l’Ameublement (Unifa) dont j’ai été président. Tout au long de son livre blanc, le GFI décline les grands enjeux industriels et formule ses propositions pour renforcer la compétitivité des entreprises industrielles en France d’ici à la fin du prochain quinquennat, en 2022. Reprendre cette formule et l’adapter à notre secteur nous a semblé tout à fait pertinent. Avec la dynamique fédératrice générée par la mise en place du Comité Stratégique de Filière (CSF), il était indispensable de proposer un objet de communication qui soit, lui aussi, fédérateur.

Quels étaient les critères pour définir vos propositions ?

Dominique Weber, président de France Bois Industrie Entreprises (FBIE)

Dominique Weber – Les mesures proposées doivent avant tout porter sur la compétitivité de la filière, sa modernisation et la valorisation de la ressource nationale. Le document s’adresse à des décideurs publics et politiques, et non à des techniciens, les messages doivent surtout cibler les questions de l’emploi, de la formation et de l’écocitoyenneté. Il s’agit par ailleurs de s’intéresser à la gouvernance de la filière en mettant l’accent sur la collaboration resserrée de ses membres, de l’amont à l’aval. Enfin, la question de l’innovation occupe une place majeure : c’est grâce à elle que la ressource pourra évoluer pour s’adapter à la demande du marché.
Cyril Le Picard – Le livre blanc, en effet, met en avant la nécessité pour l’aval d’être moteur afin d’inciter l’amont à investir et à innover. Le contenu du document est notamment issu des travaux réalisés dans le cadre du CSF, auxquels s’ajoutent les propositions des différentes organisations professionnelles. Si la plupart étaient déjà connus, certains éléments sont apparus plus récemment : c’est le cas notamment de la notion de mécénat qui constitue notre septième proposition, ou de la taxe carbone, une question de plus en plus prégnante et à laquelle les responsables politiques sont très sensibles.

Comment souhaitez-vous que les candidats s’emparent de vos propositions ?

Cyril Le Picard – Quand on s’inté­resse aux programmes des différents candidats, un constat s’impose : le mot « forêt » n’est pas souvent cité. Et quand il l’est, c’est souvent pour parler d’environnement. Sans minimiser le rôle écologique de la forêt, il faut insister sur le fait qu’elle a aussi un rôle économique majeur à jouer. Elle est source d’emplois et constitue une force en mouvement. Notre proposition de créer un poste de délégué interministériel Forêt-Bois auprès du Premier ministre va dans le sens d’une prise en compte de la filière dans toute sa diversité, l’objectif étant une meilleure efficacité des actions grâce à une vision qui sera ainsi partagée par l’ensemble des futurs ministres : Agri­culture et Forêt, Logement, Industrie, Écologie, Recherche.
Dominique Weber – À travers cette démarche, nous souhaitons convaincre les candidats que la filière forêt-bois est une véritable opportunité pour l’économie française. C’est un secteur moderne, tourné vers l’innovation, ouvert à la modernisation, et il a toute sa légitimité dans les débats actuels. La filière est également très impliquée dans la dynamique des territoires, et pas seulement en matière d’environnement. Car la forêt n’est pas un sanctuaire ; elle participe au développement industriel de nos régions. Et c’est une dimension essentielle pour tous les élus.