Créée en 2001, l’association FrenchTimber est chargée de promouvoir les sciages et les produits bois français à l’exportation. Entretien avec son directeur, Jean-François Guilbert.
Quelles sont les principales actions développées par FrenchTimber depuis sa création voilà 25 ans ?
Il y a tout d’abord la partie veille économique. FrenchTimber suit en permanence les fluctuations des marchés internationaux du bois et transmet ces informations à ses adhérents et financeurs à travers des newsletters thématiques concernant l’import des résineux en France, les exportations françaises et des pays concurrents, le suivi des prix des bois sur différentes zones, l’importation des grumes de résineux, de chêne et de hêtre en Chine par exemple… L’année dernière, nous avons produit 27 publications de ce type. La présence sur les salons internationaux est un autre volet important de notre activité. En 2025, FrenchTimber a participé à huit salons, principalement en Asie et en Europe, en accompagnant 45 entreprises. Après chacun de ces événements, nous réalisons un rapport de mission qui permet d’alimenter une base de données de contacts internationaux partagée avec nos adhérents. Nous concevons et distribuons par ailleurs cinq brochures par an, essentiellement en anglais, pour présenter les essences feuillues, résineuses, les classements européens… La communication et la promotion internationale se font également via frenchtimber.com et sur LinkedIn.
Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontés les exportateurs de bois français, et de quelle façon pouvez-vous les aider à accéder aux différents marchés ?
Chaque pays a ses propres exigences. Pour vendre des sciages résineux aux États-Unis par exemple, on a besoin de faire certifier la ressource afin qu’elle soit conforme aux normes américaines. En 2007, nous avons fait certifier le douglas français, et, actuellement, nous sommes en train de faire la même démarche avec le sapin et l’épicéa grâce au soutien de France Bois Forêt. Nous avons par ailleurs travaillé sur les normes de construction en Chine et au Japon pour y faire entrer toutes les essences françaises.
Il n’y a pas plus de difficultés sur les marchés internationaux que sur le marché français, juste des particularités qu’il faut savoir appréhender. Cela nécessite des connaissances, une stratégie claire dans la durée et un engagement des entreprises. FrenchTimber offre l’opportunité de bénéficier de l’expérience d’autres entreprises et d’être accompagné sur de nouveaux marchés.
Quelles sont les essences de bois françaises les plus exportées ? De quels types de produits s’agit-il ?
Nous suivons les essences résineuses comme l’épicéa, le douglas et le pin. En ce qui concerne les feuillus, cette veille concerne le chêne, le hêtre et le frêne. Au départ, FrenchTimber s’occupait principalement de la promotion des sciages, mais de nombreuses scieries ayant développé des produits de seconde transformation, le champ d’action a été élargi aux parquets, decking, bois lamellé-collé… Les bois résineux représentent le gros du volume des exportations avec 1 Mm3, mais pour les entreprises concernées, il ne s’agit que d’une faible part de la production, environ 15 % en moyenne. En revanche, les entreprises qui transforment les feuillus se positionnent comme les plus grandes exportatrices, avec parfois 100 % de production dédiée à l’export. Il y a un vrai décalage.
La filière forêt-bois française a-t-elle été impactée au niveau des exportations par les changements de droits de douane imposés par les États-Unis ?
Les États-Unis ne sont pas le plus grand marché pour les exportations françaises qui n’y représentent que 10 000 m3, soit 1,2 % du volume total exporté. L’Europe, elle, envoie, chaque année, environ 5 millions de mètres cubes de bois aux États-Unis, et les droits de douane concernant ces exportations s’élèvent à 10 %, ce qui est relativement peu en comparaison des 45 % imposés aux Canadiens. Néanmoins, les flux ont changé, et une partie des bois européens exportés auparavant aux États-Unis risque de se retrouver sur le marché français ou de concurrencer les bois français sur d’autres marchés. Les « taxes Trump » ne sont pas le seul problème. Le fait que le dollar ait chuté de 15 % par rapport à l’euro complique aussi les transactions sur certains marchés mondiaux.
Quid de la guerre au Moyen-Orient ?
Si le conflit se prolonge, il risque évidemment d’impacter la situation des exportations françaises sur ce marché. Pour information, cela représente par an entre 2 000 et 6 000 m3 en sciages de résineux, environ 1 000 m3 en sciages de chêne et 1 600 m3 de sciages de hêtre.
Ce ne sont donc pas nos plus grands marchés en comparaison avec ceux de la Chine et du Vietnam ou encore celui de la Grande-Bretagne. Comme pour les taxes américaines, le risque est dans la modification des flux et l’impact que cela pourrait avoir sur le marché national.
Comment les exportations de bois français ont-elles évolué au cours
des quinze dernières années ?
Elles ont considérablement augmenté. En 2011, les entreprises françaises avaient réalisé 200 M€ de chiffre d’affaires à l’export en sciages de chêne, de hêtre et de résineux confondus. En 2025, on arrive à 440 M€. En 2011, on vendait environ 300 000 m3 de bois, alors qu’en 2025 les ventes atteignent 1,2 Mm3. Les raisons de cette hausse des exportations par des entreprises sont multiples : profiter de prix plus élevés sur d’autres marchés ; écouler certaines qualités de bois peu demandées dans l’Hexagone ; vendre des bois non secs séchoir ; diversifier les risques…
