Nématode du pin : forestierset scientifiques en première ligne

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Après l’Espagne et le Portugal, un premier foyer d’infestation par le nématode du Pin (Bursaphelenchus xylophilus), un ver microscopique invasif qui entraîne la mort des arbres touchés, est confirmé en France le 3 novembre 2025, suivi d’un second cas le 17 mars 2026. Professionnels et scientifiques s’étaient préparés à cette menace et les recherches contre sa diffusion se poursuivent.

Monochamus galloprovincialis, coléoptère xylophage longicorne vivant dans les forêts de conifères et vecteur du nématode du pin. Photo : INRAE

Fin octobre 2025, dans la forêt landaise de Seignosse, un bouquet de pins maritimes affaiblis attire l’attention des forestiers : leurs aiguilles sont rouges et leurs houppiers flétris. Le verdict tombe dans le courant du mois de novembre : il s’agit du premier cas français d’infestation par le nématode du pin (Bursaphelenchus xylophilus).


Un second cas sera découvert à 2,3 km de là en mars 2026. Transporté par un coléoptère du genre Monochamus, ce ver se développe dans les conifères, avec une préférence pour les pins. Une fois la barrière de l’écorce franchie, le nématode se multiplie très vite dans les canaux de résine puis les vaisseaux conducteurs de sève, bloquant sa circulation. En quelques semaines, l’arbre meurt d’embolie. L’épidémie peut se répandre rapidement. Durant ses quatre mois de vie aérienne, le coléoptère porteur de milliers de nématodes peut parcourir plusieurs dizaines de kilomètres et infecter, lors de ses repas et de ses pontes, de très nombreux arbres.

Si la présence récente du nématode du pin en France peut engendrer de sévères préjudices économiques à la filière forêt-bois ainsi que des dommages environnementaux et patrimoniaux, toutes les organisations professionnelles, qui avaient anticipé ce risque, ont pleinement mesuré l’ampleur de cette crise et poursuivent la mise en place des mesures pour contenir le risque de diffusion du ver destructeur, dans un objectif d’éradication.

DEUX ZONES DE PROTECTION

« Dans les deux cas français, il s’agit probablement d’infestations imputables à du bois importé, car les foyers connus les plus proches se situent en Galice, en Espagne, à 500 kilomètres des Landes », souligne Hervé Jactel, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et spécialiste du nématode. Ravageur redoutable, Bursaphelenchus xylophilus est classé organisme de quarantaine prioritaire par l’Union européenne (UE). Ce statut oblige les États membres à mettre en œuvre les modes de gestion codifiés par la Décision d’exécution 2012/535/UE du 26 septembre 2012.

« Nos forestiers ont appliqué les mesures prophylactiques prévues : coupe rase dans un rayon de 500 mètres autour de l’arbre malade, souligne François Guiraud, le président de Fibois Landes de Gascogne, et mise en place de la zone tampon de 20 km de rayon autour du foyer infecté. » Dans la zone infestée (500 m), tous les arbres sensibles au ravageur doivent être abattus et réduits en copeaux de 3 cm de côté au maximum. Dans la zone tampon, seuls les spécimens montrant des signes de dépérissement sont tronçonnés et broyés. « L’État restreint les interventions dans cette zone de façon drastique pendant quatre ans. Les conséquences économiques des contraintes sanitaires d’exploitation sur la zone tampon, telles qu’elles sont prévues par l’UE pendant ces quatre années, sont importantes : les procédures administratives et les coûts du broyage des rémanents, si non indemnisés notamment, peuvent en l’état provoquer un gel de la gestion, de l’exploitation et réduiront de facto l’approvisionnement en bois des scieurs et des transformateurs de la région. Cela met en péril, à très court terme, l’équilibre global de la filière du massif des Landes de Gascogne », déplore François Guiraud.

Abattage d’un foyer d’infestation par le nématode du pin avant réduction en copeaux. Photo : Alliance Forêts Bois

DES AVANCÉES MAJEURES VERS LA DÉTECTION RAPIDE

La filière s’est préparée à l’arrivée du parasite. Soutenu par la Section spécialisée Pin maritime de France Bois Forêt et portés par la Caisse Phyto Forêt1 du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest (SSSO), FCBA2 a engagé plusieurs programmes de recherche. Après trois années de travaux, ses experts développent un outil de diagnostic précoce par colorimétrie de l’ADN du nématode. Cette technique permettrait de détecter l’ADN du pathogène en quelques heures, contre quelques semaines dans un laboratoire agréé de référence.

« La méthode est prometteuse, mais des tests complémentaires sont nécessaires pour différencier à coup sûr l’ADN du nématode nuisible de celui d‘autres espèces non problématiques », explique Marion Mercadal, directrice du pôle Ressources forestières des territoires de FCBA.

Parallèlement, l’INRAE achève la mise au point d’une méthode de télédétection des arbres infestés. Couplant imagerie spatiale à haute résolution et intelligence artificielle, cette technique devrait permettre d’identifier les arbres symptomatiques plus rapidement que les méthodes de prospection au sol.

Prélèvement de rondelles de pins sur foyer d’infestation pour expertises. Photo : Alliance Forêts Bois
Production de plants en pépinière FCBA pour étudier leur sensibilité in situ ou en conditions contrôlées au Portugal. Photo : FCBA

DES RECHERCHES DE LONG TERME DÉJÀ ENGAGÉES…

FCBA a aussi installé des essais génétiques dans des parcelles expérimentales situées au Portugal, et mené des essais en conditions contrôlées par inoculation artificielle. « Notre ambition est de déterminer la sensibilité du pin au nématode afin de pouvoir, par la suite, sélectionner les spécimens les plus tolérants pour les variétés de demain. Deux des trois essais in situ sont prometteurs. Mais il faudra encore plusieurs années pour aboutir à des résultats exploitables », indique Marion Mercadal.

Des résultats dont l’exploitation est d’ores et déjà prévue : « Une fois que l’on aura déterminé la sensibilité des arbres résistants au nématode, il faudra procéder à des sélections, adapter les vergers pour une production de graines améliorées », poursuit Marion Mercadal. Un travail au long cours, qui n’aboutira pas avant le début de la prochaine décennie.

… ET DE NOUVELLES PISTES EXPLORÉES 

En décembre dernier, le conseil d’administration de France Bois Forêt a débloqué une enveloppe exceptionnelle de 200 000 euros destinée à financer de nouveaux travaux de recherche.

Plusieurs dossiers proposés par les organisations professionnelles de la filière, en coordination avec les instituts de recherche et la Section spécialisée Pin maritime de France Bois Forêt, devraient être retenus. « Les projets les plus urgents porteront sur la sensibilité des essences jusqu’au traitement des bois, en passant par les techniques de broyage ou le transport », précise Antoine d’Amécourt, président du comité de développement R&D de France Bois Forêt, lequel indique aussi que les ministères chargés de l’environnement et de l’agriculture devraient également investir pour permettre des recherches efficaces et plus rapides.

Professionnels et scientifiques souhaitent aussi voir évoluer certaines règles européennes. « L’efficacité de la coupe rase dans un rayon de 500 mètres autour d’un arbre malade pose question. Au mieux, cela ne réduit que de 11 % le risque de dissémination de l’infestation ; au pire, cela oblige l’insecte vecteur à voler plus loin et cela crée des risques de dissémination par transport non contrôlé du bois contaminé », confirme Hervé Jactel.

En outre, les mesures communautaires s’appliquent aux massifs forestiers, mais pas aux arbres domestiques. Or, c’est précisément sur un arbre domestique qu’a été découvert le second cas en question. « La filière souhaite travailler en coordination étroite avec les chercheurs et instituts de recherche forestière pour plus de pragmatisme et d’efficience », commente Antoine d’Amécourt.


Ce premier soutien financier, décidé en urgence, se poursuivra dans le temps.

Deux axes de recherches déjà suivis par FCBA

Tester l’efficacité de différentes méthodes de broyage (dont 3 x 3 x 3 cm) pour la destruction de larves de Monochamus galloprovincialis et évaluer les capacités de ponte dans les rémanents d’exploitation. Résultats :

Broyeur à branches, modalité de broyage 35 x 35 mm.
Broyeur à branches, modalité de broyage 80 x 80 mm.
Broyeur sur plateforme, modalité de broyage 105 x 150 mm.
Doc. : FCBA
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