Elle se destinait au milieu de la pêche : elle est aujourd’hui responsable forestière ! Entretien avec Charlotte Idiart, responsable des forêts du Sud-Ouest au sein de la société Néosylva
COMMENT ÊTES-VOUS ARRIVÉE DANS LA FILIÈRE FORÊT-BOIS ?
En fait, au départ, j’ai été plus attirée par le milieu aquatique. J’adore la pêche et je voulais devenir garde-pêche ! J’ai donc passé un bac pro en aquaculture, mais une fois le diplôme en poche, je me suis rendu compte qu’il était très difficile de trouver un emploi dans ce domaine. En 2009, l’année de la tempête Klaus, j’ai décidé de faire un BTS en gestion forestière, en alternance avec un travail à FCBA à Cestas Pierroton. Mon souhait était d’exercer en extérieur, au contact de la nature. Avant d’arriver chez Néosylva en novembre 2022, j’ai travaillé six ans au Centre national de la propriété forestière, puis quatre ans à la chambre d’agriculture des Landes.
EN QUOI VOTRE TRAVAIL CONSISTE-T-IL ?
Néosylva a été créée pour aider les propriétaires dans le financement et la gestion des travaux forestiers dans leurs forêts. Il s’agit principalement de petites propriétés, souvent très morcelées, peu ou pas gérées.
Je fais de la prospection pour trouver des propriétaires susceptibles d’être intéressés par le principe que nous proposons. Après une prise de contact, je me rends sur le terrain avec un gestionnaire forestier pour visiter les parcelles en question et préparer un projet que l’on soumet ensuite au propriétaire. Si celui-ci l’accepte, nous signons le contrat. Je travaille aussi avec le CNPF pour mettre en place des documents de gestion durable. L’idée est de suppléer le propriétaire en agissant en partenariat avec un gestionnaire local et les entreprises des travaux forestiers. Nous avons besoin de ces interlocuteurs sur place car nous intervenons sur un très large périmètre. Par exemple, actuellement, je travaille sur dix départements.
CONSTATEZ-VOUS DANS VOTRE ENTREPRISE UNE ÉVOLUTION DES MÉTIERS QUE L’ON AURAIT AUTREFOIS QUALIFIÉS DE MASCULINS ?
Nous avons la chance d’être une société très jeune, si les femmes y sont encore minoritaires, elles sont présentes dans pratiquement tous les services : environnement, communication, ressources humaines… J’ai aussi une collègue qui, comme moi, est responsable forestière. En forêt, de plus en plus de techniciennes exercent, mais au niveau des travaux forestiers, les métiers restent très masculins.
EN QUOI LE SECTEUR SUD-OUEST DONT VOUS VOUS OCCUPEZ REPRÉSENTE-T-IL UN DÉFI À PART ?
Dans le sud des Landes de Gascogne, le morcellement des propriétés constitue un problème important en raison notamment d’une topographie de terrain prononcée. Les dessertes sont rares, et leur création implique des coûts de travaux assez élevés. La météo est une contrainte supplémentaire : avec des hivers très pluvieux, le sol limoneux et argileux devient souvent impraticable ; en été, les périodes caniculaires rendent aussi impossibles les travaux en forêt.
À cela s’ajoute, en octobre, la saison de la chasse à la palombe, très populaire dans le secteur. Nos périodes d’intervention s’en trouvent finalement assez limitées, ce qui complique l’organisation du travail des entreprises. La présence du gibier, quant à elle, nécessite une protection des plants qui, si elle concerne l’intégralité d’une parcelle, peut faire doubler le coût global de l’opération.
QU’EST-CE QUI VOUS MOTIVE LE PLUS DANS VOTRE TRAVAIL ?
Je trouve que c’est une profession plutôt noble. Nous essayons de maintenir des forêts en bonne santé, nous plantons des arbres pour les générations futures… Nos arbres sont notre oxygène ! Par ailleurs, comme je l’ai dit, Néosylva est une société encore très jeune et essayer de la faire évoluer est un objectif qui me plaît.
