Le 12 février dernier, à quelques encablures de la cathédrale, un après-midi de remerciements était organisé par France Bois Forêt à l’intention des mécènes de la filière qui se sont mobilisés après l’incendie survenu en 2019.
Qu’ils aient offert des chênes, des sciages ou participé financièrement, plus d’une centaine de mécènes ont fait le déplacement. Anne Duisabeau, présidente de France Bois Forêt, a mis à l’honneur « l’excellence des membres de la filière et la générosité des propriétaires, qui ont offert 1 400 chênes ». Les participants ont assisté à une série d’interventions réunissant les acteurs majeurs de la reconstruction de Notre-Dame de Paris.
UN CHANTIER D’ENVERGURE
Philippe Jost, président de l’établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, est revenu sur les différentes étapes de l’opération de restauration, depuis le lendemain de l’incendie jusqu’à la réouverture progressive de la cathédrale. Illustrant son propos par des photographies spectaculaires du chantier, il a souligné, à son tour, « la démonstration de l’excellence des métiers et des savoir-faire mobilisés », qu’il qualifie de « fierté nationale ».
Au-delà de la réouverture de Notre-Dame de Paris en décembre 2024, Philippe Jost a évoqué l’avenir de la cathédrale : les reliquats de dons collectés serviront notamment à « engager un nouveau cycle de travaux sur l’édifice », afin d’assurer sa conservation sur le long terme.
Cette mobilisation exceptionnelle a non seulement permis de contribuer à la restauration du monument, mais aussi d’autres éléments patrimoniaux. Bernard d’Harcourt, propriétaire privé, a ainsi donné un exemple concret : « Un grand chêne de 19 mètres a été utilisé dans la charpente de Notre-Dame ; après coupe de sa longueur, l’excédent a servi à la fabrication de tonneaux pour les vins des hospices de Beaune. » Une illustration de la manière dont la filière forêt-bois participe plus largement au patrimoine… y compris viticole !
LES BOIS ET LES CHARPENTES
Rémi Fromont, architecte en chef des monuments historiques, a détaillé la prouesse technique que constitue la reconstruction à l’identique de la charpente et de la flèche de la cathédrale, réalisée selon les principes constructifs d’origine.
L’architecte est revenu sur certaines inquiétudes exprimées au lendemain du drame, notamment quant à la disponibilité des ressources forestières nécessaires à la reconstruction. Des craintes qu’il a rapidement relativisées : les forêts françaises ont en effet plus que doublé de superficie depuis l’époque de Louis XIV. Pour donner un ordre de grandeur, Rémi Fromont a rappelé que le bois utilisé pour l’ensemble de la charpente de Notre-Dame représentait moins de deux vaisseaux de guerre… à une époque où la flotte royale en comptait près de 200.
Un constat appuyé par Jacky Favret, représentant des forêts publiques dans le cadre du projet : « Depuis le début de cet après-midi d’hommage aux mécènes il y a trois heures, la quantité de bois prélevée pour la charpente de Notre-Dame a déjà repoussé dans les forêts françaises. »
UN DÉFI D’INGÉNIERIE
Gaëtan Genès, président du bureau d’études ECSB, a évoqué pour sa part le défi d’ingénierie posé par la reconstruction de la flèche. Entièrement détruite lors de l’incendie, celle-ci a dû être redessinée à partir de documents historiques, notamment issus des archives d’Eugène Viollet-le-Duc, l’architecte du 19e siècle qui avait conçu la flèche originale.
Grâce à ces précieuses sources, le bureau d’études a pu reconstituer avec précision les plans nécessaires à la reconstruction. Près de 450 modèles de calcul ont ensuite été élaborés afin de vérifier la répartition des efforts et la stabilité de l’ouvrage. Un travail de longue haleine qui illustre la rencontre entre les techniques traditionnelles et les outils d’ingénierie contemporains.
LA MOBILISATION DES DONATEURS DE CHÊNES
Aymeric Albert et Philippe Gourmain, coordinateurs des contributions en forêts publiques et privées, sont intervenus sur le sujet des dons de chênes. Tous deux ont retracé la mobilisation immédiate des propriétaires forestiers au lendemain du drame, ainsi que les défis logistiques posés par la gestion de ces dons.
Comme l’a rappelé Laurent Denormandie, représentant des scieries impliquées dans l’opération : « La gestion des dons a été un vrai défi. On s’est retrouvé avec des arbres donnés partout en France. Des arbres qu’il a fallu aller chercher, transporter, puis confier à des scieries travaillant elles aussi en mécénat et capables de scier des pièces atteignant parfois 10 à 14 mètres de longueur. » Michel Druilhe, président de France Bois Forêt à l’époque, complète : « Le lendemain de l’incendie, nous avons entendu un nombre incalculable de déclarations insensées, comme quoi nous n’aurions pas suffisamment de bois, pas d’assez bonne qualité, pas les compétences, pour restaurer la charpente de Notre-Dame. Dès le 18 avril, la filière forêt-bois a décidé de se mettre au service de ce grand projet. »
Au total, plus de 200 propriétaires forestiers ont offert des arbres, souvent par l’intermédiaire de coopératives ou d’experts forestiers.
DES SAVOIR-FAIRE D’EXCEPTION
Les savoir-faire des artisans de la filière forêt-bois ont enfin été mis à l’honneur par Jean-Louis Bidet, menuisier en chef des Ateliers Perrault, en charge de la reconstruction de la charpente. Devant une salle impressionnée, il est revenu sur la sélection minutieuse des arbres, examinés un par un dans les forêts publiques et privées, ainsi que sur la fabrication des outils spécifiques utilisés pour la préparation des bois. Par exemple, les haches nécessaires à l’équarrissage ont été fabriquées à la demande. Jean-Louis Bidet a détaillé l’ampleur de ce travail d’orfèvre :
« La restauration de la charpente médiévale de Notre-Dame, c’est 12 mois d’études avec l’entreprise ECSB, 1 300 plans techniques, 50 prototypes, 860 pièces de charpente et près de 25 000 heures de taille en atelier. » Un chantier hors norme, qui illustre la vitalité et l’excellence des métiers du bois en France.
L’après-midi s’est conclu par la remise à chaque participant d’un trophée symbolique et commémoratif… façonné en chêne français, clin d’œil à l’essence qui aura largement contribué à redonner vie à la cathédrale.
