Recrutée en 2023 comme aide technique par la coopérative forestière CFBL dans la Creuse, Gaëlle Simonet partage son temps de travail entre le terrain et le bureau, convaincue d’avoir trouvé un emploi en accord avec ses valeurs.
VOUS ÊTES ARRIVÉE À LA COOPÉRATIVE EN JANVIER 2023, À 31 ANS. AVIEZ-VOUS AUPARAVANT UNE EXPÉRIENCE DANS LE SECTEUR FORESTIER ?
C’est une découverte, mais la nature et le végétal m’intéressent depuis toujours, puisqu’à la base, j’ai un BTS en production horticole. Pourtant, avant de rejoindre la coopérative, j’ai travaillé pendant 8 ans dans un tout autre milieu : une bibliothèque municipale et le bureau d’accueil d’un office de tourisme. Lorsque ces postes ont été supprimés, j’ai trouvé une annonce pour devenir ouvrière sylvicole et je me suis dit « pourquoi pas ? ». J’ai senti que j’avais besoin d’exercer un travail plus physique et en plein air. Quand on ne connaît pas les métiers de la forêt, on en a beaucoup d’idées toutes faites. C’était mon cas, surtout concernant les opérations de coupe de bois, qui font pourtant pleinement partie d’une gestion durable de la forêt. Découvrir que ces métiers comprenaient aussi la plantation et l’entretien m’a véritablement décidée.
EN QUOI CONSISTE VOTRE TRAVAIL AU SEIN DE LA COOPÉRATIVE ?
Les missions sont très variées et saisonnières. Entre juillet et février, on débroussaille des parcelles suivant la végétation : fougères, ronces, genêts… C’est à ce moment-là que l’on procède à l’élagage des résineux ou à une coupe de formation des feuillus. Pour effectuer ce travail, il m’a fallu apprendre à manipuler différents outils dont je ne m’étais jamais servi auparavant : débroussailleuse, sécateur à batterie… Cela a été une vraie découverte ! Mon métier est incroyablement enrichissant : je travaille en pleine nature et je contribue directement à la bonne santé et à l’avenir des forêts.
ON DEVINE À TRAVERS VOS PROPOS QUE LE MÉTIER EST PHYSIQUE. QU’EN EST-IL DE LA PLACE DES FEMMES ?
Il y a effectivement plus d’hommes que de femmes, néanmoins, nous avons toute notre place dans la filière, il ne faut pas se laisser décourager par l’aspect physique du métier. Personnellement, au début, j’appréhendais le rendement et l’effort que cela pouvait demander. Même si travailler sur le terrain exige une certaine rigueur, parfois dans des conditions complexes, dues notamment à une météo capricieuse, on trouve son rythme et on progresse chaque jour. Depuis l’été 2024, mon travail est partagé entre trois jours sur le terrain avec les autres ouvriers et deux jours au bureau en appui administratif sur la partie valorisation des bois, gestion des stocks et la réception des plants en période de plantation. À la coopérative, on compte un certain nombre de femmes dans tous les métiers et à tous les niveaux, non seulement des ouvrières de terrain, des conseillères forestières, mais aussi dans les services comme la recherche et développement ou encore dans les postes d’encadrement.
QUELLES ESSENCES D’ARBRES SONT PLANTÉES ACTUELLEMENT DANS LA FORÊT CREUSOISE ?
On plante beaucoup de douglas, essentiellement dans le sud du département, mais aussi d’autres résineux comme le pin maritime, le pin taeda, le cèdre et même le pin laricio. On plante également des feuillus comme le chêne sessile, le chêne rouge d’Amérique, l’érable ou le châtaignier. On fait de plus en plus de mélanges de résineux avec des bordures en feuillus ou des îlots de feuillus au milieu de résineux.
EST-CE QUE VOTRE PERCEPTION DE LA FORÊT A CHANGÉ CES DERNIÈRES ANNÉES ?
Tout à fait ! Maintenant, je sais ce que représente le travail de forestier : on ne coupe pas la forêt sans réfléchir, la coupe fait partie intégrante d’une gestion forestière durable qui implique également beaucoup de travail administratif, de planification et d’anticipation pour les entretiens et le reboisement notamment.
La relation avec les propriétaires est aussi très importante. Enfin, avec le changement climatique, la gestion durable des forêts demande de réfléchir différemment sur le choix des essences et d’adapter les pratiques. La forêt, c’est une vraie culture qu’il faut planifier et gérer.
