Bois de France : six ans déjà

Posted Posted in La Lettre B

Le label Bois de France a été créé en 2020 afin de valoriser les approvisionnements en bois français et de garantir l’origine des bois et leur transformation en France. Depuis, la démarche a connu de nombreux développements. Entretien avec Jérôme Martinez, responsable du label, et Frédéric Lera, chargé du développement.

Stand Bois de France sur le Forum Bois Construction au Grand Palais à Paris. Photo : Bois de France

QUELS ONT ÉTÉ LES DÉBUTS DU LABEL ? AVEZ-VOUS COMMENCÉ LE « RECRUTEMENT » DES ADHÉRENTS PAR LES SCIERIES OU S’AGISSAIT-IL DÈS LE DÉPART D’UNE ACTION S’ADRESSANT À TOUS LES ACTEURS DE LA FILIÈRE ?

Jérôme Martinez – Les scieries se sont engagées naturellement très vite parce qu’elles sont au début de la chaîne, et sans elles, il serait impossible de parler de la traçabilité. Mais, dès le départ, l’action a été menée dans tous les secteurs. Il a fallu travailler parallèlement sur la demande, notamment dans le domaine de la construction, pour créer un effet de levier des deux côtés.

COMBIEN D’ADHÉRENTS Y A-T-IL AUJOURD’HUI, ET QUELS SONT LEURS PROFILS ?

Jérôme Martinez – Nous avons actuellement 300 adhérents et il s’agit, pour l’instant, majoritairement de scieries. Mais les charpentiers et les fabricants de bois d’ingénierie pour la construction, tels que le lamellé-croisé, le lamellé-collé, le bois massif abouté, etc., sont de plus en plus nombreux. On commence également à travailler avec des menuisiers et des négoces. Un autre secteur s’est développé récemment : l’emballage. Il ne faut pas oublier les entreprises autour du bois-énergie, notamment les fabricants de granulés, qui font partie des adhérents depuis pratiquement le démarrage du label.

EST-CE QUE L’ON A PU OBSERVER LA PROGRESSION DE L’EMPLOI DU BOIS FRANÇAIS DANS LA CONSTRUCTION OU DANS D’AUTRES SECTEURS CES DERNIÈRE ANNÉES ?

Jérôme Martinez – C’est assez compliqué à évaluer car nous n’avons pas aujourd’hui d’indicateurs précis. Par exemple, la plupart des statistiques actuelles incluent le bois-énergie et, plus particulièrement, le bois-bûche, un produit qui, par définition, voyage très peu et n’est quasiment pas importé – cela gonfle mathématiquement le taux global de bois français employé dans tous les secteurs : construction, ameublement, panneaux… En revanche, notre récente inscription sur une plateforme de regroupement de marchés publics nous permet de constater que le nombre de marchés en bois français est important.

La Maison de l’Innovation du groupe La Poste, à Nantes (44), réalisation labellisée Bois de France, comprend 2 700 m3 de bois, principalement du lamellé-collé, CLT et bois d’ossature. Architectes : Baumschlager Eberle Architekten. Photo : Bois de France
Photo : Bois de France

FRÉDÉRIC, VOUS AVEZ REJOINT L’ÉQUIPE DE BOIS DE FRANCE EN TANT QUE RÉFÉRENT DU DÉVELOPPEMENT EN SEPTEMBRE 2025. QUELLES SONT LES ACTIONS QUE VOUS ENGAGEZ DANS LE CADRE DE CETTE FONCTION ? 

Frédéric Lera – J’ai commencé par rédiger des documents de prospection qui permettent d’expliquer ce que représente le label Bois de France et de quelle façon il est délivré à une entreprise. Au quotidien, je m’occupe de toute la prospection en allant sur le terrain pour rencontrer différents professionnels du marché : scieurs, constructeurs, menuisiers, charpentiers, négoces…

PARMI CES PROFESSIONNELS, QUELS SONT LES PLUS FACILE À CONVAINCRE ?

Frédéric Lera – Les scieurs car, de par leur position dans la chaîne de valeur, ils peuvent se faire labelliser facilement en prouvant qu’ils transforment le bois provenant des forêts françaises. Pour les charpentiers, constructeurs, menuisiers, la tâche est plus compliquée, ils doivent retracer l’ensemble de la chaîne, avec des fournisseurs déjà labellisés Bois de France. Il faut que toutes les étapes de transformation soient certifiées.

Jérôme Martinez – C’est pourquoi nous parlons de chaîne de contrôle. Les audits sont effectués par un certificateur indépendant. L’arrivée de Frédéric nous a permis de nous ancrer réellement sur le terrain et de voir les interlocuteurs en face. Il est en quelque sorte devenu le visage de Bois de France et nous avons tout de suite senti que ce contact direct portait ses fruits.

QUELLES ONT ÉTÉ LES PRINCIPALES ACTIONS MISES EN PLACE DEPUIS LA CRÉATION DU LABEL ?

Jérôme Martinez – Ce projet m’a été confié en janvier 2020, deux mois avant la crise sanitaire. Après plusieurs rencontres avec des entreprises en février 2020, j’ai rédigé le référentiel durant le premier confinement. Peu après, nous avons travaillé à la rédaction du Guide pour inscrire les produits Bois de France dans la commande publique, publié fin 2021 et qui s’adresse aux maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre. L’arrivée de nouveaux membres dans l’équipe de l’association, Juliette Nouaux, référente prescription, et Anthony Marcadier, référent technique, a permis de développer différents outils de communication : site internet, plaquettes de présentation du label, réseaux sociaux, présence sur de nombreux salons. Au fur et à mesure de notre développement, il a fallu faire évoluer le référentiel, lequel est en cours d’accréditation par le COFRAC. Le but du jeu est de toujours s’adapter au fonctionnement des entreprises pour qu’elles arrivent à apporter la garantie Bois de France de la façon la plus efficiente.

EST-CE QUE LA VISIBILITÉ DU LABEL BOIS DE FRANCE SE DÉVELOPPE CHEZ LES DISTRIBUTEURS ET DANS LES NÉGOCES  

Frédéric Lera – Oui, progressivement. On observe que le label Bois de France gagne en visibilité. C’est un travail de longue haleine parce qu’il faut que toute la chaîne de transformation soit certifiée. C’est assez facile, par exemple, pour le bois-énergie où il y a uniquement le scieur, le fabricant de granulés et la centrale qui revend le produit. L’affaire est plus compliquée dans le cas d’autres produits en revanche. Mais petit à petit, nous nous développons dans le domaine de la construction, de l’emballage, etc.

Jérôme Martinez – Nous comptons aussi nous développer en BtoC2 sur des produits de grande consommation. Par exemple, nous travaillons actuellement avec une entreprise basée dans le Jura et produisant des jeux en bois. Elle pourra bientôt afficher sur ses produits le label Bois de France.

EN 2022 ET 2024, LE LABEL BOIS DE FRANCE A ÉTÉ DÉLIVRÉ À DEUX BÂTIMENT ABRITANT DES SUPERMARCHÉS LIDL. AVEZ-VOUS LABELLISÉ D’AUTRES PROJETS ?

 Jérôme Martinez – Oui ! Parmi les plus récentes, nous pouvons citer la labellisation au niveau Or de l’usine TeboLVL à Lempdes-sur-Allagnon, la réhabilitation et surélévation du pavillon Keller à Paris au niveau Argent, ou encore la porte du palais Rohan de Bordeaux. Sans oublier un bâtiment emblématique pour la filière forêt-bois : le siège de l’ONF à Maisons-Alfort.

CETTE ANNÉE, BOIS DE FRANCE A DÉJÀ PARTICIPÉ À DEUX ÉVÉNEMENTS IMPORTANTS : LE SALON EUROBOIS À LYON ET LE FORUM INTERNATIONAL BOIS CONSTRUCTION À PARIS. QUELLES AUTRES MANIFESTATIONS SONT PRÉVUES DANS VOTRE AGENDA 2026 ?  

Jérôme Martinez – Nous serons présents sur le stand de la filière au Carrefour international du bois à Nantes, puis à l’automne aux manifestations dédiées à l’immobilier : le salon Sibca, le Congrès de l’Union sociale pour l’habitat, le Salon de l’investissement immobilier, sans oublier Batimat et le Salon des maires et des collectivités locales. L’année 2026 est particulièrement riche en événements professionnels !  

TROIS NIVEAUX DE LABELLISATION

Les trois niveaux de labellisation de projet Bois de France sont obtenus selon le taux de matière Bois de France (calculé sur la partie bois du projet) contenu dans la réalisation :

  • labellisation niveau Bronze si le taux est compris entre 50 et 64 % ;
  • labellisation niveau Argent si le taux est compris entre 65 % et 79 % ;
  • labellisation niveau Or si le taux est au moins de 80 %.
Grande halle du Bourg-d’Oisans (38) ; architecture : Sens Montagne Architecture. Sa structure comprend 110 m3 de bois massif. Photo : Commune de Bourg-d’Oisans
Labellisé Bois de France, le pavillon Keller à Paris (15e arr.) a nécessité 316 m3 de bois, principalement du lamellé-collé, du bois massif d’ossature et du CLT. Architecture : Nunc Architectes. Photo : Luc Boegly
Partager l'article sur vos réseaux sociaux :