Note de conjoncture économique

Posted Posted in La Lettre B

En ce début d’année, France Bois Forêt dresse un état des lieux des tendances qui traversent la filière forêt-bois, depuis la sylviculture jusqu’aux marchés du bois, en passant par les activités de transformation industrielles.

Photos : France Bois Forêt - Codifab

1. Éléments macroéconomiques

Au premier semestre 2025, l’économie française a connu une reprise lente et fragile, avec une croissance du PIB quasi nulle (+ 0,1 % au T1), laissant l’acquis de croissance annuel à seulement + 0,3 %. Les entreprises conservent des marges stables (taux de marge de 31,8 %), permettant un potentiel modéré d’investissement. En revanche, les finances publiques restent sous tension, avec un déficit anticipé de 5,6 % du PIB et une dette proche de 116 %, limitant la capacité de soutien de l’État. Au plan sectoriel, la filière bois européenne a subi des pressions importantes : l’inflation des prix des grumes, particulièrement en DACH1 et Scandinavie, et les tensions d’approvisionnement en Europe centrale ont affecté la rentabilité et la production de produits techniques (CLT, panneaux, bois lamellé). Par ailleurs, le durcissement commercial entre les États-Unis et l’Union européenne (UE) pèse sur les exportations : les résineux européens voient leurs droits de douane augmenter de 10 %, les sciages feuillus de 15 %, et le mobilier (sièges et cuisines) pourrait atteindre 50 % dans les prochaines années, avec des décisions supplémentaires attendues pour 2026. Ces évolutions risquent de fragiliser la compétitivité européenne sur les segments les plus sensibles du bois et de l’ameublement.

2. Analyse de la conjoncture de la filière forêt-bois

2.1.Amont forestier

• Plants forestiers (MASA)

La campagne forestière 2023-2024 a confirmé la stabilité du marché français des plants forestiers, avec environ 61 millions de plants vendus, un niveau constant depuis trois ans. Cette stabilité masque toute­fois des évolutions structurelles : le recul du pin maritime et du douglas se poursuit, alors que certains autres résineux comme le cèdre de l’Atlas, le pin laricio et le mélèze d’Europe gagnent en popularité, reflétant une diversification progressive et une adaptation aux conditions climatiques futures. Parallèlement, les essences feuillues poursuivent une dynamique de progression marquée, portée notamment par le chêne sessile (6 millions de plants), le chêne pubescent et le chêne rouge d’Amérique (1,3 million de plants). À l’inverse, les plantations de peupliers reculent fortement, passant sous le seuil d’un million de plançons³, en partie en raison de conditions climatiques défavorables. Pour soutenir cette dynamique et la gestion durable des forêts, l’année 2025 a mobilisé plusieurs dispositifs de financement annoncés. L’appel à projets « Exploitation forestière et sylviculture performante et résiliente » (ESPR) a ainsi permis d’accompagner 42 entre­prises pour l’acquisition de matériels d’exploitation forestière et de sylviculture, pour un montant de 8,4 millions d’euros en 2025. Par ailleurs, la deuxième relève de l’appel à projets « Industrialisation performante des produits bois » (IPPB) a soutenu 40 lauréats à hauteur de 32,9 millions d’euros, afin de moderniser les outils industriels de première et de deuxième transformation du bois. Enfin, le dispositif « Biomasse chaleur pour l’industrie du bois » (BCIB) a accompagné 16 projets en 2025 pour un montant de 21,2 millions d’euros, contribuant au renforcement des capacités de séchage du bois et à l’amélioration de la performance énergétique et environnementale des entreprises de la filière.

• Approvisionnement en bois – Forêt publique (ONF)

Au premier semestre 2025, les prix du bois sur pied ont enregistré une hausse générale, à l’exception du chêne dont les valeurs poursuivent leur recul amorcé en 2023. Les résineux et le hêtre restent soutenus par un déséquilibre offre/demande, lié aux intempéries qui ont freiné les exploitations et à la diminution des volumes de bois dégradé. En revanche, le chêne pâtit d’une demande en baisse, notamment sur le segment des tonnelleries, et d’une qualité dégradée (mortalité des branches et piqûres sur les troncs), ce qui limite sa valorisation sur le marché. Pour les bois façonnés, les prix majoritairement fixés par contrats semestriels sont en baisse, en raison d’un marché spot moins dynamique en 2023-2024. Une exception : le hêtre, dont les prix se maintiennent grâce à une demande plus robuste.

• Approvisionnement en bois – Forêt privé (EFF)

En 2024, le marché des bois sur pied s’est stabilisé globalement, mais le douglas, le peuplier et le pin maritime se sont différenciés par des hausses marquées (+ 10 % à + 26 %), portant le prix moyen à 90 €/m³ (+ 7 %), un niveau rarement atteint depuis vingt ans. Cette reprise est intervenue après le cycle post-Covid, alternant flambée (+  42 %) puis correction (- 13 %).
Les résineux, en particulier, ont retrouvé leur vigueur : leur indice progresse de 14 %, revenant aux sommets de 2022. La dynamique est largement tirée par une forte demande en douglas, tandis que les problèmes sanitaires (scolytes) sur épicéa et sapin ne provoquent pas d’effets significatifs sur les prix. Du côté du bois d’œuvre, un début d’année 2025 marqué par une offre particulièrement faible a été suivi d’une remontée des volumes au second semestre (+ 12 %), grâce à une mobilisation accrue des résineux surtout du douglas, du pin maritime et du sapin pectiné soutenus par des prix fermes. À l’inverse, le chêne a poursuivi sa phase de repli : ses volumes ont chuté de 15 %, ce qui limite la progression globale des feuillus à +   6 % malgré la bonne tenue des autres essences. Quant à la demande de bois, elle est restée ferme au premier semestre 2025, malgré une baisse du nombre moyen de soumissions par lot, tombé à 3,89. Cette baisse du nombre d’enchérisseurs suggère une sélectivité accrue de la part des acheteurs, mais ne remet pas en cause la solidité de la demande. En effet, la proportion de volumes vendus reste élevée, traduisant un besoin réel en matière première, notamment sur le marché national, où les acheteurs continuent de se positionner de façon active pour sécuriser leurs approvisionnements.

2.2.Transformation industrielle

• Activité des scieries (CEEB)

Au troisième trimestre 2025, le marché français a affiché une amélioration mesurée, sans véritable regain d’euphorie. Les scieries à dominante feuillus ont bénéficié d’un léger redressement à l’export, retrouvant des niveaux proches de ceux de 2023, mais sont restées freinées par un contexte international instable.
Leur activité à l’échelle globale a reculé de 18,1 % par rapport au deuxième trimestre, une évolution à interpréter avec prudence, le troisième trimestre intégrant traditionnellement la période des congés d’été, ce qui amplifie mécaniquement les baisses observées. À l’échelle nationale, la contraction a atteint 15,2 %. Les scieries à dominante résineux ont enre­gistré également un retrait, avec un chiffre d’affaires en diminution de 14,4 % sur le trimestre, dans un marché lourd et instable où la maîtrise des coûts reste difficile. Là encore, la comparaison T3/T2 doit tenir compte de l’effet saisonnier. Nationalement, le recul a atteint 15,8 %, partiellement compensé par une baisse des importations qui a limité l’ampleur du repli. À l’export, le chiffre d’affaires a diminué de 8,6 %, mais ce segment continue de mieux résister que le marché intérieur, contribuant au maintien des carnets de commandes des scieries malgré un contexte global moins porteur.

 3. Marchés du bois

3.1.Commerce international

• French Timber et LCB

Au premier semestre 2025, la consomma­tion intérieure française a montré des signes encourageants, soutenue principalement par la rénovation et les marchés industriels, mais est restée fragile. Les prix des sciages en hausse soulignent l’importance d’un ajustement maîtrisé des prix des grumes, la France accusant un certain retard par rapport à ses concurrents. Sur le commerce international, le marché du bois est resté contrasté. Les résineux ont bénéficié d’exportations françaises en hausse, portées par des prix fermes et des anticipations de renchérissement, tandis que les feuillus ont subi une demande mondiale atone : l’Europe est frileuse, le Moyen-Orient stable et l’Asie affectée par les tensions sino-américaines. Les grumes résineuses se sont maintenues à des niveaux élevés en Scandinavie et en Allemagne, alors qu’en France elles se sont stabilisées ou ont fléchi légèrement, certaines scieries envisageant des arrêts temporaires. Pour les feuillus, la production américaine a reculé avec des fermetures de scieries, et les flux commerciaux se sont redéployés vers le Vietnam pour contourner les barrières douanières chinoises. La taxation américaine sur les meubles importés pourrait accentuer les tensions. Une reprise des résineux est anticipée début 2026, celle des feuillus avec un décalage d’environ six mois. À court terme, le marché reste marqué par la prudence et la recherche d’un équilibre durable entre production, consommation et compétitivité.

Conclusion

La filière bois évolue toujours dans un contexte complexe, marqué par des tensions sur les matières premières, une augmentation des coûts et une visibilité encore limitée. Les récentes évolutions montrent un ralentissement de l’activité des scieries. Les scieries à dominante feuillus bénéficient d’un léger redressement à l’export, mais leur chiffre d’affaires recule de 18,1 % par rapport au deuxième trimestre 2025, tandis que le recul national atteint 15,2 %, intégrant notamment l’effet saisonnier des congés d’été. Les scieries à dominante résineux enregistrent également une baisse, avec un chiffre d’affaires en retrait de 14,4 % sur le trimestre et de 15,8 % au niveau national, partiellement compensé par une diminution des importations.
À l’export, le chiffre d’affaires diminue de 8,6 %, mais ce segment continue de mieux résister que le marché intérieur. Ces résultats reflètent la fragilité conjoncturelle du secteur et les contraintes saisonnières, tout en soulignant sa capacité à maintenir ses carnets de commandes malgré un contexte international moins porteur. Plusieurs enjeux restent à surveiller, comme la soutenabilité des hausses de prix face à la montée des coûts des grumes, la rareté de certaines qualités de bois techniques, et l’impact des évolutions structurelles sur la concurrence. Enfin, le rôle des politiques publiques dans l’accompagnement et le soutien de la filière, dans un contexte international incertain, sera déterminant pour consolider ces avancées et renforcer la compétitivité du secteur à moyen terme.

Les données utilisées, en provenance des travaux de l’Observatoire économique, sont les dernières disponibles.

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