La reconquête du liège français en Nouvelle-Aquitaine

Posted Posted in La Lettre B

Un programme multipartenarial vise à relancer la production de liège en Nouvelle-Aquitaine. Les premiers résultats s’avèrent positifs.

Le chêne-liège est une essence indigène du sud-ouest de la Nouvelle-Aquitaine. Ses deux principales zones de répartition et d’exploitation y sont le Néracais et le Marensin (voir carte), en Gascogne. Après son déclin progressif à partir des années 1960, la filière gasconne du liège a connu un renouveau au début des années 2000. Une demi-douzaine d’industriels, l’Office national des forêts (ONF), l’association Le Liège Gascon, Alliance Forêts Bois et le Centre national de la propriété forestière (CNPF) Nouvelle-Aquitaine travaillent à la recréation des suberaies landaises et à l’amélioration de leur gestion.

Une essence aux intérêts multiples

Outre les sylviculteurs, cette relocalisation de la matière première est également importante pour les entreprises de transformation (voir encadré) car le coût du matériau et du transport s’en trouvent réduits. Dans cette logique de circuit court, l’impact carbone de l’exploitation est lui aussi diminué. Par ailleurs, des suberaies bien entretenues diversifient le paysage, participent à l’attractivité du territoire et indirectement à l’économie touristique. Elles forment également un habitat favorable à certaines espèces végétales et animales. Le chêne-liège a aussi un effet bénéfique contre la progression des maladies racinaires du pin maritime (champignons armillaire et fomes), ses parasites (pyrale du tronc, chenille processionnaire, scolytes) et la maladie du rond à l’origine de pertes de récoltes importantes. La gestion coordonnée des peuplements de ces deux essences a donc un impact positif sur la productivité du pin.

Le chêne-liège est cultivé en peuplement pur, c’est-à-dire seul, ou en peuplement mixte, accompagné principalement de pin maritime, de chêne vert, de chêne pubescent, de pin pignon ou de châtaignier. Son feuillage peu abondant et son couvert léger facilitent le développement d’un sous-bois de type maquis très dense. Photo : Christophe Contival/ONF

Une prévision de 360 tonnes de liège

Avec le soutien de France Bois Forêt, l’ONF a procédé, lors du premier semestre 2025, à une évaluation de la ressource dans les massifs publics de cinq communes du sud du département des Landes. « Cet inventaire, qui complète celui que nous avions effectué en 2019, permet d’envisager une production de 360 tonnes de liège sur une période de 13 à 15 ans », indique Christophe Contival, technicien forestier territorial à l’ONF. Signe que les subériculteurs se réapproprient peu à peu leur ressource, de 10 tonnes en 2005, la récolte annuelle de liège dans les Landes de Gascogne a atteint 22 tonnes en 2024. Selon l’ONF, près de 4 000 tonnes de liège sont produites chaque année en France. Les forestiers ont aussi commencé à établir des stocks de semences pour alimenter les pépiniéristes. Prisée par les sangliers, cette ressource doit en être préservée. De nombreux arbres ont donc été mis en défens, c’est-à-dire protégés de ce gibier par clôturage, pour en préserver les glands. En 2025, 1 500 litres ont ainsi été collectés. « De quoi produire environ 75 000 plants », estime Christophe Contival. Une fois récoltés, ces derniers sont stockés au froid dans le Jura, dans la sécherie de la Joux, une usine de sélection de semences de l’ONF.

Améliorer la qualité des levées

Parallèlement à l’inventaire et à la consti­tution d’un stock de semences, des essais de mécanisation de la récolte de liège ont été réalisés. L’objectif est d’accroître la productivité des leveurs de liège et de réduire la pénibilité du travail, souvent effectué en période estivale, après la feuillaison.
Un prototype de machine à levée portative a été testé durant la récolte 2025. Concluants, ces essais vont permettre la fabrication de cinq tronçonneuses supplémentaires. Cette mécanisation améliorera la qualité de l’écorçage en réduisant significativement le nombre de blessures occasionnées aux arbres lors de la récolte, donc de portes d’entrée aux ravageurs. Le développement du prototype va aussi faire l’objet du dépôt d’un brevet, ce qui facilitera l’exportation de la machine à levée gasconne.

Quelques exemples d’usages du liège :

  • Bouchons techniques ;
  • Isolation dans le bâtiment ;
  • Objets décoratifs ;
  • Utilisations spécifiques dans l’armement, l’aérospatiale, l’aéronautique ;
  • Maroquinerie…
Partager l'article sur vos réseaux sociaux :