Diplômée d’une école de commerce (Skema Business School), Laetitia Rochatte a commencé sa carrière professionnelle en travaillant quelques années à l’international pour des groupes français. En 2014, elle a décidé de devenir cheffe d’entreprise en rachetant avec sa mère la PME vosgienne Gerbois, spécialiste de l’emballage en bois à destination des industriels, située à Sapois.
Lorsqu’il y a 11 ans vous vous lancez dans la reprise de Gerbois, s’agit-il de votre première expérience avec la filière bois ?
Oui, mais le monde du bois ne m’était pas inconnu. Originaire des Vosges, ma famille travaille dans le transport forestier depuis cinq générations, mais moi, j’avais décidé de suivre une autre voie et c’est mon jeune frère qui a repris l’entreprise familiale. En 2013, ma mère a rencontré les salariés de Gerbois au moment où cette société était en liquidation judiciaire. Des gens formidables, détenant un réel savoir-faire, qui ne voulaient pas voir leur usine fermer. Ensemble, nous avons décidé de racheter l’entreprise.
Était-ce une grande prise de risque ?
Le rachat en lui-même ne représentait pas un coût énorme. Nous avions une équipe de quinze salariés qui avaient de l’expérience. Ma mère savait gérer une entreprise, et, moi, les relations avec les clients. Toutes les conditions étaient réunies pour envisager sereinement l’avenir.
Avez-vous été accompagnée dans cette démarche en termes de financement ?
Au départ, nous avons dû faire une avance importante sur la trésorerie, puis nous avons obtenu un prêt de 20 000 euros de la part de CIC Vosges. L’objectif premier était de pérenniser l’entreprise : ça nous a pris cinq ans.
Quels changements avez-vous réalisés ?
Le savoir-faire de l’entreprise, la conception et la fabrication d’emballage industriel en bois étaient très bons et n’avaient pas à être changés. Mais aujourd’hui, quand on est une entreprise industrielle, il ne suffit pas d’être un bon technicien. Nous avons amélioré tout ce qui était autour du savoir-faire : méthodes commerciales, manières de concevoir, organisation industrielle, process… Notre entreprise est certifiée ISO9001 et 14001:2015.
Quels investissements ont été indispensables pour mettre en place cette stratégie ?
Nous avons commencé par investir plus de 700 000 euros dans notre chaudière biomasse bois en 2020. Il a fallu aussi rénover tous les bâtiments parce qu’ils prenaient un peu l’eau. Les nouvelles toitures ont coûté plus de 600 000 euros. Une fois les bâtiments sécurisés, nous avons lancé un très grand plan d’investissement dans le parc machine. Nous venons de terminer le premier cycle qui représente 1,3 millions d’euros.
Le sauvetage d’entreprises de la filière bois est devenu pour vous une nouvelle vocation ?
On peut le dire. Après Gerbois, nous avons racheté Virtuobois en 2019. Il s’agit d’une scierie mixte située à Lure, en Haute-Saône. C’était un de nos fournisseurs qui passait en redressement judiciaire et allait fermer. Cette année, en juin, à la barre du tribunal de commerce de Dijon, nous avons repris la société Weisrock Vosges, basée à Saulcy-sur-Meurthe, expert des charpentes en bois lamellé-collé.
Qu’est-ce qui vous pousse à emprunter ce chemin et comment procédez-vous en abordant les nouveaux projets ?
Le mode opératoire est toujours le même. Dans un premier temps, on se concentre sur l’objectif principal : la pérennisation de l’entreprise. Une fois qu’on a trouvé le bon business model et que l’entreprise est stabilisée, on peut commencer à travailler sur une autre stratégie : diversification, innovation… Dans le cas de Weisrock, nous avons commencé par des travaux de maintenance car l’entreprise était mal entretenue. Nous sommes aussi en train d’investir dans de nouveaux bureaux. Nous passerons à la modernisation de l’outil industriel petit à petit, quand nous aurons des budgets.
Comptez-vous vous lancer dans de nouvelles aventures avec la filière bois ?
J’ai plein d’idées en tête. Le champ des possibles est énorme dans nos métiers et dans la filière bois ! Nous allons recruter en 2026 pour structurer le groupe, travailler sur le numérique. Nous avons envie de nous lancer dans l’exploitation et l’aménagement des forêts : planter nos arbres pour travailler en circuit court… Il y a énormément de business à développer autour de nos activités qui ont du sens et qui peuvent nous permettre de faire grandir le groupe.

