Notre-Dame de Paris : l’art de la charpente

Notre-Dame de Paris : l’art de la charpente

Sous forme d’un parcours inédit de 300 m2, l’exposition itinérante « Notre-Dame de Paris : l’art de la charpente » a été présentée pour la première fois au Grand Palais Éphémère, à l’occasion du Forum Bois Construction en juillet dernier. Cette reproduction intégrale de la charpente originale de Notre-Dame et des études détaillées de sections et d’assemblages a été réalisée à partir de chênes français avec le soutien de France Bois Forêt. Un hommage aux savoir-faire des charpentiers, anciens ou actuels. Sur le plateau de Bati-journal TV, François Auger, Compagnon charpentier du Devoir et Architecte du Patrimoine, et Arthur Cordelier, Compagnon charpentier et conducteur de projet, sont revenus sur cette aventure. Extraits.

Le Grand Palais Éphémère. Photo : NVBCOM

Qui est à l’origine de ce projet ?

François Auger – Ce sont les Compagnons du Devoir qui ont porté le projet, avec le concours des élèves de l’École de Chaillot, ainsi que l’Architecte en chef des Monuments historiques, Rémi Fromont, et l’Architecte du Patrimoine Cédric Trentesaux. Car tous deux avaient réalisé, en 2015, les relevés très détaillés de la nef et du chœur de Notre-Dame, dans le cadre d’un exercice alors qu’ils étaient encore à l’École de Chaillot. Ces relevés sont providentiels car ils nous donnent des informations qui n’existaient pas auparavant. Sans eux, nous n’aurions pas eu suffisamment d’éléments pour restituer en maquette.

Détail de la flèche de Viollet-le-Duc. Photo : Plan Rapproché
Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation.
Photo : Plan Rapproché

Vous avez utilisé deux échelles différentes, pourquoi ?

François Auger – Sur le projet initial de maquette à l’échelle 1/20e sont venus se greffer d’autres, à l’échelle 1/10e, présentant différents niveaux de détails. L’échelle 1/20e permet de voir comment les charpentiers au 13e siècle se sont remis en question pour élaborer les premières formes de la nef. Il y a toujours une remise en question pour faire évoluer le système. L’échelle 1/10e met, elle, l’accent sur les complexités, notamment de l’abside et des fermes de transition. Parce que quand Viollet-le-Duc et son charpentier sont venus implanter leur charpente du 19e siècle, il y a eu auparavant toute une observation et une analyse. Sans parler des assemblages. Cela peut paraître anodin, mais, au final, derrière ce simple sujet, il y a toute une histoire, une évolution et des fonctions différentes, il y a des assemblages d’origine et de réparation…

Arthur Cordelier – Les maquettes à l’échelle 1/10e mettent en exergue des changements de systèmes constructifs ou des détails importants en termes de conception. Nous les avons exportées aux quatre coins de l’exposition, et elles font le lien avec des tours d’affichage…

Détail de fermes. Photo : STM Presse

C’est une reproduction fidèle ?

Arthur Cordelier – Grâce aux travaux de Cédric Trentesaux et de Rémi Fromont, nous avions une très grande précision de chaque élément. Mais nous n’avons pas refait bêtement le même élément, nous avons reproduit les déformations, le travail du temps et aussi le travail de reprises. D’où la cohabitation entre le chêne et le noyer : le premier pour la charpente médiévale d’origine, le second pour la partie rénovée au 19e siècle – la plus grosse campagne de réparation menée par Viollet-le-Duc et Lassus. On a, ici, un vrai système constructif qui se différencie du médiéval par un système de formes en ferme et, au 19e, par un système de fermes et pannes (apparu seulement au 16e). Le but est de montrer l’évolution entre les deux, cette transition.

Comment avez-vous coordonné la réalisation de cette maquette ?

Arthur Cordelier – Avec l’appel à projet, des jeunes charpentiers et architectes ont eu envie de participer. En septembre 2020 s’est tenu un séminaire de lancement avec l’École de Chaillot (explication, référents techniques…). La phase d’étude a duré jusqu’à décembre. Entretemps, une formation spécifique a été nécessaire, avec visites à la médiathèque de l’architecture et du patrimoine à Charenton-le-Pont. C’est là que sont archivés tous les plans des monuments historiques et des différentes campagnes de travaux, les planches de Viollet-le-Duc qui ont servi au concours, les plans des charpentiers qui ont fait la flèche, etc. Visite aussi des charpentes contemporaines de Notre-Dame. Sans oublier les interventions comme celles de Benjamin Mouton, ancien architecte en chef de Notre-Dame, François Calame, ethnologue spécialiste des charpentes anciennes, sur le travail de l’équarrissage à la hache…

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