Forinvest : l’investissement avance

Quatre ans après sa création, Forinvest Business Angels affiche un bilan plus que positif. Les membres de l’association ont investi plus de quatre millions d’euros dans quatorze sociétés de la filière bois. Rencontre avec Éric Toppan, secrétaire général.

La Lettre B – Pouvez-vous nous rappeler en quoi consiste le réseau Forinvest Business Angels ?

Estera
Photo : Forinvest Business Angels

 

Éric Toppan – L’association est née en 2010, à l’initiative de la Fédération des forestiers privés de France. Il s’agissait de permettre aux forestiers adhérents de syndicats d’investir directement au capital d’entreprises françaises prometteuses dans la filière bois. Car cette filière bois française, forte d’une ressource forestière abondante, a besoin de capitaux pour renforcer son développement industriel et innover. L’objectif de Forinvest est donc de mettre en relation ses membres investisseurs avec des porteurs de projets innovants et à fort potentiel de développement.

Sur quels critères vous basez-vous pour retenir un projet ? 

L'impact en régions
L’impact en régions
Doc : Forinvest Business Angels

La particularité de Forinvest est de s’intéresser uniquement à la filière bois française ; le projet doit donc avant tout relever de cette filière, quel que soit le domaine concerné. Il doit comporter une réelle innovation, que ce soit dans le produit lui-même, le process industriel ou la démarche entrepreneuriale. Il doit aussi être économiquement rentable et porteur de développement économique. Enfin, il faut un dirigeant et une équipe qui inspirent confiance. Une fois le dossier déposé, un comité de sélection de quatorze experts spécialistes de la finance et/ou de la filière bois examinent le projet et décident d’y donner suite ou pas. Deux instructeurs complémentaires et bénévoles expertisent alors les aspects techniques et financiers du projet retenu, en lien régulier avec le comité de sélection. Si l’entrepreneur répond aux questions et apporte assez d’éléments, ils accompagnent le porteur de projet dans la préparation de son dossier qui est ensuite présenté aux Business Angels. Nous recevons chaque année une centaine de projets, examinons une cinquantaine de dossiers et en sélectionnons une dizaine pour présentation devant les adhérents.

Comment le réseau a-t-il évolué depuis sa création, il y a quatre ans ?

Répartition des investissements par secteurs d'activités
Répartition des investissements par secteurs d’activités
Doc : Forinvest Business Angels

Depuis la naissance du réseau, près de 300 Business Angels ont investi dans quatorze entreprises du secteur pour près de 4 millions d’euros, et cela dans toute la France. En 2010, les porteurs de projets n’étaient pas forcément issus du monde du bois : il s’agissait plutôt d’entrepreneurs connaissant bien le principe des Business Angels et qui voyaient dans la filière bois une opportunité de développement ou de diversification. Aujourd’hui, nous sommes parfaitement identifiés par les entreprises traditionnelles de la filière qui sont de plus en plus nombreuses à candidater : ce sont par exemple des scieries souhaitant monter en gamme, apporter de la valeur ajoutée à leurs produits, se regrouper pour pérenniser leur activité… les raisons sont multiples, mais, dans tous les cas, les entreprises voient en Forinvest un interlocuteur privilégié qui connaît parfaitement leur secteur. Notre accompagnement va d’ailleurs bien au-delà d’un simple apport financier ; les investisseurs sont des personnes physiques qui s’impliquent personnellement dans le projet en apportant conseils et suivi par l’intermédiaire du représentant Forinvest.

Une autre tendance a marqué ces derniers mois : avec le ralentissement de l’activité économique, les projets sont moins nombreux – cela touche d’ailleurs tous les réseaux de Business Angels – et ils sont parfois moins centrés sur l’innovation. On voit ainsi apparaître des dossiers qui visent plus à aider une entreprise à sortir de la crise plutôt qu’à développer une démarche ou un produit novateur. Il n’est pas de notre ressort d’accompagner ce type de projet, ne serait-ce que par les fonds nécessaires, mais nous jouons notre rôle en facilitant les mises en relation et le financement minoritaire dans des tours de table avec les financeurs classiques : banques, fonds d’investissements… Le rôle de Forinvest BA ici est utile car il montre une implication de l’amont de la filière, et cela permet de préserver un outil industriel, des emplois, la transformation de bois local…

Quel bilan espérez-vous pour 2014, et comment s’annonce l’année 2015 ?

Nous aurons accompagné cinq nouveaux projets cette année, pour un montant total de 1 million d’euros. Depuis le mois de juin, nous avons déjà reçu près d’une centaine de dossiers. 2015 devrait ainsi voir aboutir au moins cinq nouveaux projets. Notre filière est pleine d’opportunités, nous sommes heureux de pouvoir accompagner les entreprises qui préparent l’avenir..

Une entreprise/Un projet/Un investisseur

Lineazen : le CLT à la française

Caisson Lineazen
Le caisson Lineazen
Photo : Lineazen

Un an après avoir bouclé avec succès un premier tour de table de 1,2 million d’euros en co-investissement avec le fonds Emertec et trois Business Angels de Forinvest, la start-up française Lineazen vient de finaliser un second tour de 2,4 millions d’euros. Cette nouvelle levée de fonds marque une accélération décisive pour la jeune entreprise qui s’est fait connaître en lançant un système inédit de caissons structurels en bois basés sur la technologie du CLT-C (pour Cross Laminated Timber – Composite) en hêtre d’origine française ou en bambou. Nommée XEN-X, cette gamme présente de hautes performances sur les plans mécanique, thermique et acoustique et permet d’augmenter les possibilités architecturales des constructions bois à un coût compétitif : bâtiments multi-étages, grandes portées, porte-à-faux, façades autoporteuses en mixité bois/béton, réhabilitation et agrandissement.

Pour le dirigeant de l’entreprise, Olivier Kracht, le soutien de Forinvest s’inscrit dans une volonté de s’impliquer dans la filière bois en général. « Nos approvisionnements se faisant auprès des entreprises de la première transformation, nous n’avons pas de lien direct avec les forestiers, précise-t-il. Nous souhaitons cependant être un acteur reconnu de la filière bois. » Retraité de la finance et propriétaire forestier dans l’Oise, François Bacot est président du Comité des forêts, association regroupant quelques centaines de forestiers privés. Accompagnateur du projet au sein de Forinvest, il a été d’emblée séduit par le côté novateur du produit : « C’est une technologie astucieuse et très aboutie, explique l’investisseur. Et le projet est mené par un homme qui connaît son métier, auquel nous apportons notre expertise dans le domaine du bois. Tout cela garantit un avenir prometteur. » Au-delà de l’aspect financier, François Bacot voit dans ce travail d’accompagnateur « une bonne façon de faire dialoguer l’amont et l’aval de la filière, dans l’intérêt de tous ses acteurs ».

La récente recapitalisation intervient au moment même où la nouvelle unité de production de l’entreprise, basée en Moselle, sera bientôt opérationnelle. L’usine est capable de produire quotidiennement 500 mètres carrés de caissons. Plusieurs chantiers sont d’ores et déjà prévus dans les mois qui viennent, parmi lesquels un immeuble de cinq étages à Asnières (92).

Une entreprise/Un projet/Un investisseur

Pe@rl : dépolluer grâce aux écorces 

Tests en laboratoire des produits Biosorb
Tests en laboratoire des produits Biosorb
Photo : Pe@rl

Basée à Limoges, Pe@rl est une entreprise qui réalise des contrôles sanitaires des eaux, commercialise des outils, des détecteurs de radon et développe une technique de dépollution des eaux chargées en métaux lourds, notamment les métaux radioactifs. Ainsi, la solution Biosorb permet de retraiter 100 % de l’uranium naturellement présent dans les eaux, sans aucun rejet dans l’environnement, et cela grâce à l’utilisation d’écorces : dans un site moyen d’environ 600 000 mètres cubes d’eau par an, l’installation devrait utiliser soixante tonnes d’écorces biosorbants.  « Nous avons recours de pr éférence à des résineux, surtout du Douglas du Limousin, où nous avons trouvé une entreprise disposant d’un gros potentiel d’approvisionnement », explique Sébastien Decossas, président de Pe@rl.

Car l’histoire de Pe@rl est avant tout une aventure scientifique menée par l’université de Limoges et le CNRS pour aboutir, en 2006, à la création de l’entreprise. « Après plus de dix ans de recherche, trois années de développement sur site et deux brevets déposés, il nous fallait passer à la vitesse supérieure pour assurer notre développement industriel », déclare Sébastien Decossas. Pour cela, l’entreprise vient d’organiser une première levée de fonds à hauteur de 835 000 euros en fonds propres dont 450 000 euros de la part d’une quarantaine de Business Angels Forinvest. « L’équipe de Pe@rl possédait en interne toutes les compétences scientifiques, explique Christian Bouthillon, propriétaire forestier dans le Limousin et accompagnateur du projet. Elle avait cependant besoin, outre un soutien financier, d’une expertise pour l’aider à industrialiser ses brevets. » « Nous ne sommes pas des businessmen, ajoute Sébastien Decossas. Le réseau Forinvest nous a donc apporté un appui commercial et industriel. Le fait que ce soit un spécialiste de la filière bois est un « plus » qui nous permet d’accéder à une meilleure connaissance de cette filière. » Pour l’entrepreneur, le soutien des Business Angels est allé au-delà de l’apport financier : « Ils sont réellement intéressés par le projet entrepreneurial et pas seulement par le retour sur investissement. » De son côté, Christian Bouthillon, convaincu de l’efficacité de l’innovation et de son potentiel de développement, a également été séduit par l’enthousiasme des hommes : « Ce sont des passionnés doublés de scientifiques de haut vol avec qui les échanges sont forcément enrichissants ! » Une vraie relation gagnant/gagnant.

Logo La Lettre B​Vous souhaitez en savoir plus sur l’actualité du bois français ? Cet article est publié dans le numéro 11 de La Lettre B, le magazine de l’actualité du bois français.www.la-lettre-b.com