En forêt de Compiègne, une filière bois à revaloriser

FCBA – Revue de presse du 20 décembre 2012

Troisième forêt domaniale de la France métropolitaine par sa taille, Compiègne est essentiellement une futaie de hêtres et de chênes, mais héberge également des résineux.

Marécage à l’époque gauloise, terre cultivée sous les Romains, ce n’est qu’au Moyen Âge qu’apparaît la forêt.

François Ier, puis Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, ainsi que Napoléon Ier et Napoléon III, la font aménager en traçant des routes.

Dotée d’un relief varié, elle est riche en gibier, notamment en cerfs, qui, chaque semaine encore, sont chassés à courre. Des troncs bien droits pour les valoriser en scierie.

À quelques kilomètres de là, une « coupe d’amélioration » est en cours. « Ici, c’est une plantation de chênes et d’érables d’une trentaine d’années, espacés de trois mètres pour qu’un tracteur muni d’un bras articulé puisse couper les moins beaux arbres, élaguer les autres, le tout en protégeant au mieux le sol avec son cortège de bactéries et champignons », montre Julien Lefevre, de l’ONF, le service de l’État qui gère les forêts domaniales. « Le but du jeu, c’est d’obtenir des troncs les plus droits possibles, de façon à bien les valoriser en scierie, explique Laurent Denormandie. On récolte des billes de dix mètres de long avec les conifères et de six ou sept mètres avec les feuillus pour faire du bois d’oeuvre », poursuit le scieur. Avec le reste, on fait du bois de chauffage.

Dans le chemin passe un énorme semi-remorque, chargé de rondins de résineux de deux mètres de long, qui part pour la Belgique pour faire des panneaux de particules. « Pour résister, il faut s’adapter au marché, et puis la Belgique, c’est l’Europe», plaide le président de France Bois Forêt. Trois revendications pour produire durablement du bois Deux ou trois choses sont importantes pour l’avenir de la forêt et de la filière bois française. « La première, c’est d’éviter le gaspillage », martèle Laurent Denormandie. Or, du fait de l’organisation de la forêt en France, de l’émiettement d’une grande partie de la forêt privée notamment (cinq millions de propriétaires ont moins de quatre hectares), une grande partie de ce bois n’est pas accessible et donc pas mobilisable. Résultat : on récolte 60 millions de mètres cubes par hectare et par an, alors que la pousse est de 90 millions de mètres cubes. La deuxième priorité, c’est d’avoir une véritable politique forestière, un peu comme du temps du Fonds national forestier qu’avait créé le général de Gaulle. « Jusqu’en 1998, on installait 120 millions de plants par an ; aujourd’hui, on n’en est qu’à 40 millions, tandis que l’Allemagne atteint les 500 millions et la Pologne le milliard.

Nous avons rencontré les ministres de l’agriculture, Stéphane Le Foll, et de l’écologie Delphine Batho, pour discuter de cela, mais pour l’instant cela n’a rien donné de concret », dit Laurent Denormandie. « Enfin, il faut relancer les débouchés du bois en France (meubles en pin laricio ou en hêtre, maisons de bois en pin douglas, isolation thermique en pin maritime) et informer le consommateur qu’il peut aussi acheter des produits issus du bois français, ce qui colle bien avec la politique de relance industrielle actuelle du gouvernement », conclut le responsable de France Bois Forêt. Trois revendications souhaitables pour conforter la fonction première de la forêt – produire durablement du bois – et compatibles avec les autres fonctions de la forêt (capture du carbone, biodiversité, qualité de l’eau, chasse, loisir), selon lui.

Pour l’heure, un grumier charge des billes de hêtre. Direction : la scierie Dequecker à Villers-Cotterêts, à quelques kilomètres de là. C’est la deuxième scierie spécialisée dans le hêtre en Europe. « Nous scions les grumes en planches dont nous valorisons une partie en petit meuble, l’autre étant exportée au Maghreb et en Asie (Chine,Vietnam, Malaisie, Indonésie) », explique Alain Lefevre, président du groupe homonyme. Dans le bois, tout s’emploie, aime-t-il à dire. « Nous traitons 150 000 m3 /an : 75 % sont transformés en meubles, 25 % en palettes, la sciure servant à la fumaison de charcuteries ou en litière pour animaux.» Il y a quinze ans, la société a créé une autre scierie en Roumanie, faute de grumes de hêtre disponibles en France. Puis un accord d’approvisionnement passé avec l’ONF a remis du baume au coeur du scieur. Il y a quelques semaines, le groupe Lefebvre a inauguré la modernisation de sa troisième scierie, près de Rouen, investissant 15 millions d’euros dans une chaîne de découpage, une écorceuse, des séchoirs, un système de traitement des eaux bref, une usine « zéro rejet » d’où sortiront en 2014 45 000 m3 de planches qui seront aussi exportées au Maghreb et en Asie.