La mission de French Timber

Jean-François Guilbert, Directeur de Frenchtimber détaille la mission de l’association de promotion du bois français.

Jean-François Guilbert,
Directeur de Frenchtimber

Frenchtimber

«  Notre mission est d’accompagner les entreprises françaises pour les aider à développer de nouveaux marchés vers l’international »

Quel est le rôle de  Frenchtimber ?

Frenchtimber est une Association de promotion du bois français, créée en 2001, à l’initiative de la Fédération national du bois, pour représenter à l’étranger, le sciage et tous les produits bois français.  Entre 2001 et 2007 son fonctionnement était lié aux « clubs export » et à des budgets majoritairement financés par les entreprises adhérentes. Depuis 2007, nous travaillons pour France Bois Forêt, l’interprofession de la filière Bois Forêt Française.

Quels genres d’adhérents sont intéressés par Frenchtimber ?

Toutes les entreprises cotisant déjà pour France Bois Forêt sont automatiquement adhérentes à Frenchtimber. Il s’agit de tous les professionnels de la filière qui recherchent des informations stratégiques sur les marchés étrangers et qui souhaitent anticiper les tendances et contribuer au développement de leurs activités.

La grande majorité de nos services est financée par France Bois Forêt, donc gratuits, certains autres sont payants, comme la publication dans le guide des entreprises exportatrices, par exemple.

Quelles sont les principales missions de Frenchtimber ?

Nous sommes chargés de développer les marchés étrangers à travers 3 axes :

1/  communication et promotion générique de tous les produits bois français et essences ;

2/ mission d’observatoire économique, chargée de transmettre les informations et statistiques internationales et que nous publions dans notre Newsletter « IsiBois » ;

3/ développement des entreprises françaises (les scieries et toutes entreprises de transformation du bois) sur tous les marchés d’exportation.

Comment ces entreprises viennent vers vous ?

Nos missions et actions sont largement diffusées dans la Newsletter et distribuées aux entreprises françaises ainsi qu’aux interprofessions régionales. À partir de cette communication, les entreprises intéressées peuvent s’inscrire et participer aux opérations que nous proposons.

Nous conseillons et orientons ces entreprises, en fonction de leurs besoins et motivation ; notamment quand il s’agit de grand export qui donne souvent lieu à une logistique et à des procédures plus complexes.

Quelle taille d’entreprise visez-vous généralement ?

Nous nous adressons à toutes les entreprises oeuvrant autour du « matériau bois de France », à tous les stades d’élaboration (de la scierie aux métiers de transformation, de fabrication, de construction,…). Nous accompagnons aussi bien les petites que les moyennes entreprises de la famille bois, mais aussi des regroupements d’entreprises, concernés par la distribution et qui par conséquent ciblent et développent des projets d’export.

Ces entreprises viennent-elles spontanément vers vous ?

Oui, sur les marchés traditionnels bien rodés, telle l’Espagne par exemple ! Mais, sur les marchés plus originaux, comme l’Indonésie, qui est en plein essor quant à la fabrication de meubles, là nous avons plus de mal à attirer les entreprises sur ces marchés émergents.

Vous proposez de l’information sur votre site Internet, qu’y  trouve-t-on en particulier ?

Le site est volontairement tourné vers les prospects et entreprises étrangères qui rechercheraient des compléments d’information sur les essences, les classements et sur l’éventail des produits qu’ils sont susceptibles de trouver en France. De plus l’Extranet, mis à disposition des adhérents, permet l’accès à tous les rapports de mission, aux bilans des salons organisés et à la Newsletter.

Quels sont les prochains événements d’automne qui rythmeront l’agenda de Frenchtimber ?

En octobre, nous travaillerons sur une mission commerciale vers la Lybie, pour inciter des entreprises à aller vers les importateurs et utilisateurs potentiels de ce pays. Ensuite nous serons présents au salon organisé en  Malaisie, par le biais duquel nous engagerons une petite mission de prospection en Indonésie. Au-delà, nous participerons assidûment à des conférences internationales ou en France, dont les« Journées techniques du résineux », où nous présenterons d’ailleurs une approche du marché du bois construction en Chine.

Sur quelle stratégie pertinente, l’Association Frenchtimber s’appuie-t-elle pour légitimer son rôle d’ambassadeur de la filière Bois français, sa présence lors des salons internationaux, et par extension favoriser les exportations ?

Frenchtimber est une Association professionnelle, gérée par des professionnels ;  à ce titre ce sont les entreprises, membres du bureau et entreprises satellitaires qui définissent et valident la stratégie de communication et l’agenda des participations. Frenchtimber est force de propositions, mais notre plan d’action annuel répond toujours a la même problématique : coller aux intérêts de la filière.

De même, la mise en commun des ressources permet à Frenchtimber de remonter des informations essentielles sur certains marchés, informations qu’une entreprise« lamda » ne pourrait pas forcément obtenir.

Depuis sa création en 2001, Frenchtimber a-t-elle atteint ses objectifs ?

Paradoxalement, nous sommes presque plus reconnus à l’étranger qu’en France. Les demandes affluent davantage de la part des importateurs et des consommateurs étrangers qui nous sollicitent pour donner des conférences, informer et promouvoir le bois français.

Cependant, même si la France reste un pays importateur de bois, nous aurons toujours besoin d’exporter une partie de notre production. L’évolution, depuis la création de Frenchtimber, prouve que les volumes d’exportation ont relativement progressé, pourtant du point de vue de la production française globale, les exportations, en pourcentage, ont augmenté.

Un marché asiatique dynamique

Jean-François Guilbert, Directeur de Frenchtimber

Frenchtimber revient de Chine, pourquoi la Chine ?

Nous allons en Chine depuis 2003, c’est le premier fabricant au monde de meubles, c’est une économie qui a largement mieux résisté à la crise. Depuis fin 2009/début 2010, on assiste à une reprise importante des exportations de bois vers ce pays.

Quelles sont les essences recherchées par le marché chinois ?

La Chine s’intéresse particulièrement aux feuillus avec le chêne et le hêtre. Jusqu’au début des années 2000, nous exportions essentiellement du hêtre vers ce pays, puis soudain la tendance pour le chêne s’est accrue, suffisamment pour finir par égaler la demande en hêtre et même la dépasser cette année.

Au-delà de la fourniture de produits bruts, nous essayons aussi de dynamiser l’exportation de produits transformés et non de « grumes », soulignant ainsi l’intérêt d’importer des produits à valeur ajoutée.

Comment expliquez-vous le paradoxe d’exporter notre bois en Chine, puis de le voir revenir transformé par les chinois qui parviennent à le revendre de façon plus compétitive que nous sur l’hexagone ?

Cet inconvénient, de voir revenir des produits à plus forte valeur ajoutée, n’est pas spécifique à la Chine. On pourrait aussi évoquer la Pologne, la Roumanie et d’autres pays importateurs qui transforment aussi nos feuillus. Hélas, en dehors de la solution qui consisterait à adopter la politique russe, contraire aux règles de l’OMC et de taxer lourdement l’exportation de grumes, il faut, soit s’en remettre à Bruxelles, soit s’appliquer dans la communication vers le client final pour mieux valoriser la marque « France ».

Mais la Chine, pays traditionnellement exportateur, oriente depuis 2 ans sa stratégie vers le développement de son propre marché intérieur. Ce marché nous intéresse et c’est sur celui-ci que nous espérons bien pouvoir nous positionner…

Diriez-vous aujourd’hui, que le hêtre exporté en Chine, sert essentiellement à l’ameublement local ?

Il faut distinguer dans les exportations la grume de hêtre et les sciages. Une partie non négligeable des grumes exportées en Chine sert à produire le contre-plaqué, matériau dont elle est devenue l’un des plus grands producteurs. Concernant les sciages, qu’ils soient produits en France ou en Chine, les utilisations sont multiples, des meubles à l’aménagement intérieur, sous forme d’escalier, de parquet, de menuiserie… Pour certaines de ces applications, effectivement, une large partie de la production est consommée en Chine.

Là où le plus gros problème se pose, c’est dans la production de parquet en chêne ; la forte concurrence chinoise a mis à mal les fabricants de parquet français qui se battent pour reprendre des parts de marchés face à des concurrents pas toujours très « équitables » !

Mais comme je le soulignais, l’objectif est d’aborder le marché intérieur chinois pour exporter des produits transformés qui ne reviendront pas forcément chez nous !

Et puis depuis quelques années, une nouvelle forme de concurrence arrive par des pays producteurs comme le Vietnam, la Thaïlande, l’Indonésie et à terme le Bangladesh, dont la main d’œuvre et les coûts de production sont encore moins importants qu’en Chine.

À part le hêtre, c’est donc essentiellement le chêne qui intéresse les Chinois ?

Oui, depuis 4/5 ans, le chêne fait toujours partie des grandes tendances et reste très prisé par les industriels Chinois.

De plus nous bénéficions de deux facteurs avantageux, à savoir que les deux principales sources d’approvisionnement des Chinois en matière de chêne subissent les turbulences de la crise.

  • D’une part, la Russie a ajouté des taxes à l’exportation de grumes de chêne, ce qui n’a pas manqué d’affecter les volumes disponibles pour l’importation et donc la production chinoise de sciages de chêne ;
  • D’autre part, depuis le début de l’année, les USA cèdent du terrain sur le marché chinois, en raison de la baisse de l’euro face au dollar. Cet aspect économique, conjugué au manque de disponibilité, consécutif à la fermeture des scieries pour cause de crise, nous a rendus plus compétitifs.

Ces deux essences (chêne et hêtre), un peu en recul hier, sortent donc fortuitement du lot aujourd’hui ?

Concernant le chêne, la demande en Chine est particulièrement axée sur des qualités QF2/QF3, mieux appropriées dans la fabrication du parquet. Ça touche donc directement nos scieries françaises puisque ces qualités se vendent moins bien en Europe.

Quant au hêtre, de qualité secondaire, le marché est resté actif en Chine malgré la fameuse « crise du hêtre ». Les volumes sont en augmentation (les volumes sur les 7 premiers mois 2010 ont déjà dépassés les volumes de l’ensemble de l’année 2009), les prix pratiqués sont ceux du marché international donc sans surprise, d’où une place à occuper pour les exportateurs français.

C’est donc pour vous une priorité pour les entreprises françaises que d’être présentes sur ce marché ?

Toutes les entreprises sont effectivement impactées par le marché chinois, ensuite tout dépend de leur stratégie de développement, toutes ne peuvent pas exporter en Chine du jour au lendemain ! Dans une démarche d’exportation, le processus peut prendre du temps (1 à 2 ans) avant que de déboucher sur des ventes. Cela passe souvent par la mise en place d’équipes commerciales, logistiques et administratives pour la gestion des dossiers.

Donc ce marché s’adresse aux entreprises qui ont déjà ce genre de service en place ou qui se sont regroupées pour mettre en place les services ad hoc.

On a compris que Frenchtimber était force de propositions sur les différents marchés internationaux, mais assure-t-elle un suivi auprès des entreprises intéressées ?

Nous ne faisons pas de commercial, mais nous proposons des prestations payantes pour aider celles qui veulent se lancer, en les conseillant et en les accompagnant sur les démarches administratives.

Quels sont les grands acteurs locaux du marché chinois ?

Il y en aurait trop à citer ! Entre les grandes sociétés chinoises de meubles du côté de Pékin qui abritent quelque dix mille salariés, les nombreux importateurs basés à Shanghai ou Hongkong, les grands fabricants de parquet massif au Nord, il y en a pour tout le monde …

C’est surtout la concurrence et les opportunités économiques à saisir qui nous intéressent avec ce grand pays. Comme pour le chêne, il faut être réactif quand l’occasion se présente de reprendre des parts de marché aux USA parce que le taux de change nous est plus favorable. Pour le hêtre, il faut plutôt surveiller les Belges, les Allemands, les Roumains, nos plus fidèles concurrents…

Le rôle de FrenchTimber est d’informer prioritairement la filière française des opportunités à saisir, des tendances des marchés et d’assurer « une présence française » à long terme, pour en développer la notoriété des bois et des entreprises. Puis dans un second temps, nous assistons au mieux celles qui souhaitent s’investir sur ces marchés, en les regroupant pour renforcer les synergies et la visibilité de l’offre française. Ce deuxième point est primordial ! Il est certes un peu éloigné de la culture française, mais sa pratique prouve que cette forme de stratégie fonctionne et puis, ainsi que je le disais, il y a de la place pour tout le monde !

Comment informez-vous vos adhérents sur ces opportunités commerciales, comment faites-vous passer les messages ?

En publiant, comme je le disais, les tendances et les statistiques que nous recueillons.

Par exemple, nous expliquons comment et pourquoi depuis le début de l’année nous assistons à une forte progression des exportations de sciage, de chêne et de hêtre vers la Chine et qu’il y a des places à prendre pour les entreprises bien structurées.

Mais aussi en les renseignant sur les marchés porteurs ; en témoignant d’une nouvelle concurrence, issue de l’émergence des pays producteurs d’Asie du Sud-Est qui sont plus compétitifs encore que la Chine et de l’opportunité qu’il y a, de se positionner dès à présent si l’on veut s’implanter sur ces marchés, comme les Français l’avaient fait en 1994 pour la Chine et avec une belle longueur d’avance sur d’autres pays.

Vos prochains rendez-vous internationaux, l’année prochaine toujours en Chine ?

Les rendez-vous sont quasi incessants avec la Chine et nous avons même installé un showroom à Shangaï. Là, une personne qualifiée répond aux questions de la presse, des importateurs ou des traders sur « le marché du bois de Furen » (ce marché dit de« Furen » en chinois, correspond à des regroupements d’importateurs réunis par corporation, comme dans toutes les villes chinoises.)

L’année prochaine nous participerons à deux salons, auxquels nous prévoyons toujours d’emmener les entreprises françaises.

Le développement des marchés internationaux est un travail de longue haleine. La régularité et la fréquence des actions renforcent l’image d’une France dynamique sur le marché du bois, qui s’engage auprès de ses clients étrangers, que ce soit en Chine ou autres marchés plus proches.